Anglais LVA (1ère année) BL/LSS : bibliographie 2024

Sébastien Petit

Anglais LVA (1ère année) BL/LSS : bibliographie 2024

Conseils de lecture, travail pour l’été et ouvrages à vous procurer



Le cours d’anglais LVA en Hypokhâgne BL est un cours de civilisation des États-Unis et de la Grande-Bretagne (histoire, société, politique, économie, etc). Les épreuves préparées pour les concours écrits sont les suivantes:
• ENS Paris et Lyon: un commentaire portant sur plusieurs documents de civilisation relatifs aux États-Unis et à la Grande-Bretagne (durée six heures) ;
• ENS Paris-Saclay: traduction en français d’un article de presse, suivie d’un essai (durée totale trois heures).
Pour l’oral les épreuves consistent en :
• ENS Paris: un commentaire de texte historique (préparation 1h30 et passage 30 minutes);
• ENS Lyon: une analyse (synthèse + commentaire) d’un article de presse (préparation une heure et passage 30 minutes) ;
• ENS Paris-Saclay: une analyse de document audio (préparation 45 minutes en laboratoire de langue et passage 30 minutes).
Il s’agit d’exercices qui vous sont pour l’heure étrangers, et qui vont nécessiter de votre part un travail d’apprentissage important, quel que soit le niveau d’anglais avec lequel vous arrivez en hypokhâgne.
Pour vous familiariser avec les thèmes qui seront abordés au cours de l’année, il est fortement recommandé de lire la presse de qualité de langue anglaise et de commencer un carnet de vocabulaire : soit les hebdomadaires (The Economist, The Spectator, The Nation, …) ; soit un quotidien (The Guardian, The Independent, The New York Times, Financial Times, Wall Street Journal …) en version papier ou en ligne.
Vous pouvez également vous familiariser avec la langue :
• en lisant de la littérature : il existe de nombreuses éditions bilingues en poche (chez Pocket et Folio notamment) ;
• en allant sur le site de la BBC qui propose de nombreuses activités (BBC World ; BBC Learning English) et, côté états-unien, sur le site du réseau public NPR (npr.org) ;
• en regardant, en VO, des séries et des films. Pour les Toulousains, pensez à utiliser les ressources de la médiathèque José Cabanis.
• en écoutant de l’anglais régulièrement avec votre smartphone ou tablette (podcasts ou streaming avec des applications dédiées aux podcasts. Il vous est vivement recommandé d’écouter chaque semaine les podcasts tels que « The Guardian Audio Long Read » ; « The Guardian – Politics weekly » ; « The Daily » du New York Times et de tenter d’identifier les biais idéologiques très marqués, propres à chaque source.

Pendant les vacances, vous devez constituer un dossier de presse à rendre. Ce dossier devra :
• porter sur un thème d’actualité (évitez les faits divers, mais l’originalité n’est pas à proscrire) que vous choisirez dans la sphère anglophone des États-Unis, du Royaume-Uni ou éventuellement du Commonwealth.
Les grands thèmes de la rentrée seront encore la crise migratoire aux USA et Royaume-Uni; les conséquences du Brexit (Windsor Framework); l’éléction présidentielle américaine encore un peu lointaine mais dont on parle déjà; la mise en accusation de Trume etc. Il serait dommage de frôler l’indigestion si 40 dossiers se concentrent sur les mêmes sujets: who dares wins (mais les sujets trop éloignés du monde anglophone seront pénalisés).
• reposer sur 4 articles en anglais de sources différentes; sources que vous devrez indiquer clairement, pour me permettre de retrouver les articles (si vous choisissez des articles au format papier, vous devrez les apporter en septembre).
Brassez des articles factuels avec des articles exprimant des points de vue plus orientés, piochés dans les rubriques « comment » ou « opinion » des différents journaux. L’écueil principal serait ici de prendre 4 articles exprimant la même chose ou le même point de vue.
Attention, depuis 2016, la presse s’est fortement polarisée politiquement, voire hystérisée en ce qui concerne la presse américaine. A vous d’avoir une lecture critique de tout ce que vous lisez. Il n’y a plus/pas de point de vue neutre dans la presse, et la nature même des faits est contestée aujourd’hui et mise au même niveau que des opinions, ou un ressenti (lived experience).
Méfiez-vous donc de ces polarisations idéologiques souvent simplistes et parfois entretenues pour générer plus d’engagement et/ou de revenu du lectorat, y compris dans la presse dite de qualité. Un recul critique sera attendu et valorisé.
• être rédigé en anglais de bonne qualité. Spell-checking is your friend. #firstimpressionsmattertoo
Il comportera :
Première partie (une copie double maximum)
1) Une synthèse de chaque article (une demi-page maximum par article) en le reformulant.
2) Un paragraphe (une page maximum) pour montrer les enjeux, l’évolution, ou le traitement subjectif du sujet choisi.
3) Une justification de votre choix de ce thème (une demi-page maximum).
Deuxième partie (une page)
4) Proposez un travail de recherche de vocabulaire à partir des articles choisis ; les classer par thème, relever les mots inconnus, ou chercher des synonymes, par exemple.
Ce dossier sera relevé la première semaine et sera la base de la première interrogation orale de l’année (Khôlle).
Vous devez vous procurer l’ouvrage suivant que nous utiliserons en cours chaque semaine:
Sylvie Persec et Jean-Claude Burgué, Grammaire Raisonnée 2, Ophrys (édition 2020 de préférence): Travaillez les points de grammaire qui vous posent problème, et révisez les chapitres 1, 2, 3, 4 et les verbes irréguliers (liste à la fin de l’ouvrage) – il y aura un test dès la semaine qui suivra la rentrée sur ces chapitres et les verbes irréguliers.
Enfin, tirez profit de vos vacances pour partir à la découverte de la civilisation britannique et américaine avec :
• les manuels de civilisation parus chez Hachette Supérieur (édition numérique ou papier – attention les éditions numériques ne sont pas toujours à jour par rapport à leurs équivalent papier):

o Marie-Christine Pauwels, Civilisation des États-Unis (8è édition 2021) numérique / papier
o Peter John et Pierre Lurbe, Civilisation britannique (10è édition 2021) papier
o Pierre Lagayette, Les grandes dates de l’histoire américaine numérique / papier (7è édition 2021) ACHAT OBLIGATOIRE
o Antoine Mioche, Les grandes dates de l’histoire britannique numérique / papier (4è édition 2022) ACHAT OBLIGATOIRE
• des manuels généralistes:

o Françoise Grellet, Crossing Boundaries, Presses Universitaires de Rennes papier Achat conseillé
o Sarah Pickard – Civilisation Britannique / British Civilisation (ouvrage bilingue) 2022-2023 papier ACHAT OBLIGATOIRE (excellent – you’ll thank me for the rest of your lives for this purchase…) – remis à jour chaque année.
• Pour aller plus loin:
o John Oakland – British Civilization, an introduction, Routledge (9è édition 2019) papier / numérique
o David Mauk et John Oakland – American Civilization, an introduction, Routledge (8è édition 2021) papier / numérique
o La civilisation américaine , Quadrige – PUF ou Les américains (André Kaspi), Seuil. Tome 1 papier / numérique. Tome 2 papier / numérique
Tous ces livres sont disponibles dans les bibliothèques universitaires de Toulouse (Arsenal et Jean-Jaurès en particulier) en plusieurs exemplaires, avec un exemplaire de réserve, exclu du prêt. Ces bibliothèques pratiquent les prêts d’été…
Je me réjouis de vous retrouver tous à la rentrée et bon été,
Sébastien Petit
E-mail à utiliser en cas d’urgence : sebastien.petit (@) ac-toulouse.fr
Plateforme Moodle (LMS) utilisée à la rentrée:
https://nopainenogain.fr

Espagnol (2ème année) LVA cours commun et Spécialité : bibliographie 2024

2ème année                  
ESPAGNOL LVA (Cours commun)     2022-2023

Belinda Corbacho

Contact : BCorbacho@ac-toulouse.fr



COMMENTAIRE ET TRADUCTION

L’épreuve d’espagnol LVA est une épreuve littéraire très exigeante dont l’objectif est une approche méthodique des grands textes de la littérature en langue espagnole au travers de commentaires argumentés et de traductions.
Elle mobilise diverses connaissances et aptitudes :
Des connaissances littéraires et culturelles :
-Compréhension fine du discours littéraire et étude de sa mise en œuvre (conventions d’écriture, rhétorique du texte, diversités linguistiques, sociales ou régionales…).
-Connaissance des contextes culturels et historiques des œuvres
-Méthodologie de la traduction.
Des compétences linguistiques :
– Renforcement de l’appropriation de la langue (grammaticalité, idiotismes, richesse lexicale)
– Argumentation structurée en langue étrangère
-Une parfaite maîtrise du français (langue cible de la version)
Les trois heures hebdomadaires de cours dont nous disposons, en regard des six heures qui constituent le temps de l’épreuve le jour du concours, ne pourront être qu’un moment, certes privilégié, à l’intérieur d’un travail personnel régulier et soutenu.
Pour vous préparer au mieux à la rentrée de khâgne, je vous demande tout particulièrement de :
Revoir tous les faits de langue (morphologie verbale, syntaxe, lexique) vus en Hypokhâgne lors des devoirs de version, thème grammatical et thème littéraire.
– Revoir les éléments du cours de littérature d’Hypokhâgne qui concernent le XIX et le XX siècle.
– Consulter quelques chapitres relatifs à la littérature espagnole et hispano-américaine du XIX et du XX siècle dans un manuel de littérature afin de mieux vous constituer des repères dans l’histoire littéraire. 
(Exemples de manuel utilisable : Monica Dorange : Manuel de littérature espagnole (Hachette) 
– La lecture en espagnol de quelques œuvres est également conseillée pour avoir des textes une approche de première main, qui ne se limite pas à des connaissances littéraires générales.
Lire de la bonne littérature en français CAR la version est avant tout un exercice où seront évaluées non seulement votre compréhension de l’espagnol mais aussi la correction et précision de la langue française.
Les usuels indispensables :
Attention ! Pour l’épreuve un seul dictionnaire unilingue est autorisé :
– CLAVE, Diccionario de uso del español actual. Madrid, Ediciones SM, 2006, 2048 p., ISBN : 84-675-0921-X
Ce dictionnaire est donc obligatoire !
Vous pouvez également consulter pour vos traductions le Diccionario de la Real Academia Española (www.rae.es) ainsi que le très complet Diccionario del uso del español, de Maria Moliner.
Une grammaire d’espagnol vous sera précieuse pour l’analyse des textes avant leur traduction:
– Pierre Gerboin, Christine Leroy, Grammaire d’usage de l’espagnol contemporain, Hachette supérieur (plusieurs rééditions)
– Grammaire de l’espagnol moderne, de Jean-Marc BEDELPUF, 2010  (une des plus complètes)
– J. BOUZET, Grammaire espagnole, Belin, Paris. C’est la plus « commode », mais aussi la plus « limitée ».
Ayez aussi à votre disposition pour traduire :
– Un dictionnaire bilingue (Le Larousse convient parfaitement ou le Denis-Maraval-Pompidou chez Hachette)
– Une grammaire française (Le Bon usage de Grevisse, par exemple) / Riegel, Pellat, Rioul, Grammaire méthodique du français, Quadrige, 2001
– Le Bescherelle des conjugaisons.
– Un dictionnaire des synonymes (Henri Bertaud du Chazaud, ed. Quarto, chez Gallimard, un des plus complets)

Voici quelques autres idées de lectures utiles et agréables :

Littérature espagnole
Romans :
Josefina Aldecoa, Historia de una maestra, 1990
Javier Cercas, Soldados de Salamina, 2001
Alfons Cervera, Maquis, 1997
Carmen Laforet, Nada, 1944
Julio Llamazares, Luna de lobos, 1985
Carmen Martín Gaite, El Balneario, 1955
Alberto Méndez, Los girasoles ciegos, 2004
Antonio Munoz Molina, El invierno en Lisboa, 1987
J. Ramón Sender, Réquiem por un campesino español, 1950
Théâtre :
Federico García Lorca, La casa de Bernarda Alba, 1945
Antonio Buero Vallejo, Historia de una escalera, 1949

Littérature hispano-américaine :
Pérou :
Julio Ramón Ribeyro, Silvio en el Rosedal, (Cuentos), 1977
Mario Vargas Llosa, Los cachorros, 1967 (Nouvelle)
Cuba :
Alejo Carpentier, Guerra del tiempo, 1958
Leonardo Padura Fuentes, Pasado perfecto, 1991 (Roman noir)
Argentine :
Jorge Luis Borges, Ficciones, 1944 (Récits fantastiques) 
Julio Cortázar, Alguién que anda por ahí, 1974 (Récits fantastiques)
Silvina Ocampo, La furia, 1959 (Cuentos)
Ernesto Sábato, El Túnel, 1948 (Novela corta)
Juan José Saer, El entenado, 1983
Chili :
Luis Sepúlveda, Un viejo que leia novelas de amor, 1992 (Roman)
Antonio Skármeta, Un ardiente paciencia, 1985 (Roman)
Colombie :
Gabriel García Márquez, El coronel no tiene quien le escriba, 1962 ; Crónica de una muerte anunciada, 1982
Guatemala :
Augusto Monterroso, La oveja negra y otros relatos, (1998)
Mexique :
Juan Rulfo, Pedro Páramo, 1953
Ángeles Mastretta, Arráncame la vida, 1985
Carlos Fuentes, La frontera de cristal (1995)
Uruguay :
Eduardo Galeano, El libro de los abrazos, 1989
Bonnes lectures !


Ludovic D’Agostin

Spécialité Espagnol 
2ème année


Contact : ludovic.dagostin@ac-toulouse.fr

ENSEIGNEMENT DE SPECIALITE
THEME ET LITTERATURE      CIVILISATION ET PRESSE

1. EPREUVE ECRITE DE THEME 
Il s’agit de l’épreuve de spécialité (appelée aussi option). Elle suppose un travail approfondi qui a été entrepris en première année. Il faut poursuivre nos efforts et même les redoubler pour préparer au mieux cette épreuve en gagnant en efficacité. (Coefficient 2).
La finalité consiste à permettre de faire le point sur les compétences linguistiques des candidats dans l’une et l’autre langue, « linguistique » étant entendu dans son sens le plus large : depuis la simple exactitude lexicale jusqu’à l’appréhension socio-linguistique et stylistique du texte-source, en passant naturellement par l’indispensable maîtrise de la morphosyntaxe de la langue castillane.
L’épreuve de thème est le reflet d’une longue et complexe préparation, à laquelle concourt tout ce qui touche à la langue-cible des candidats : exercices académiques, explications de texte, écrites et orales, dissertations, exposés, etc…L’expression authentique est évidemment privilégiée par rapport à la « langue de bois »… Les lectures et contacts personnels avec une langue authentique ainsi que l’utilisation des nouvelles technologies mettent à la portée de tous les étudiants journaux, films, romans, émissions de télévision et de radio. « Tout est bon pour appréhender et faire sien ce monde protéiforme qu’est une langue vivante, la langue castillane dans notre cas ». (ENS Lyon, rapport de jury 2005).
La première condition de notre travail passe par une connaissance solide de la grammaire de base et des conjugaisons en particulier. Par ailleurs il faut absolument « acquérir »du vocabulaire et ne pas cesser d’en apprendre. Pour cela il faut lire de tout ! Lire et noter les mots et expressions. Ce travail personnel et quotidien est indispensable. Le moment des vacances est idéal pour l’amorcer.

Dictionnaires :
Clave,Diccionario de uso del español actual.Ediciones SM ,2006 ISBN : 84-675-0921-X Excellent dictionnaire. Le seul autorisé pour l’épreuve de commentaire et de version. Il est donc obligatoire.
Larousse Grand dictionnaire français-espagnol, espagnol-français, 420.000 traductions, 2007. Ouvrage indispensable.
María Moliner, Diccionario de uso del español , Gredos, 1966(4èmeédition réactualisée en 2012). Une référence. Dictionnaire disponible au CDI.
Diccionario de la Real Academia de la Lengua Española (DRAE), Espasa Calpe, 1992 édition de poche en deux volumes. Utile dans la mesure où il ne se cantonne pas à l’usage actuel. Consultable gratuitement en ligne.
Manuel Seco, Diccionario de dudas y dificultades de la lengua española,Espasa Calpe, 1994.

Grammaires au choix  :
Jean-Marc Bedel, Grammaire de l’espagnol moderne, PUF, 1997. Excellent ouvrage, très complet.
Jean Coste et Augustin Redondo, Syntaxe de l’espagnol moderne, Sedes, 1965. Grammaire très intéressanteavec de nombreux exemples de phrases tirées d’œuvres littéraires.
Pierre Gerboin et Christine Leroy, Grammaire d’usage de l’espagnol contemporain, Hachette Université, 2014.
Michel Camprubi, Etudes fonctionnelles de grammaire espagnole, PUM, 2001.

La conjugaison
Bescherelle, El arte de conjugar los verbos españoles, Hatier, 1984. Plusieurs rééditions. Indispensable pour tout hispanisant.
González Hermoso, Los verbos españoles, Hachette, 2000. Disponible au CDI

Dictionnaires en français :
Petit Robert, Dictionnaire de la langue française, editions Le Robert, réactualisé chaque année. Indispensable.
Dictionnaire historique de la langue française, éditions Le Robert, deux volumes, 1992. Ouvrage passionnant consultable en bibliothèque.
Emile Littré, Dictionnaire de la langue française, Le livre de poche, coll. »La pochothèque », 1863.

Grammaires françaises/manuel de conjugaison
Grévisse/ Goosse, Nouvelle grammaire française, Duculot, 1990.
Grévisse, Le Bon usage, Duculot, 1993.
Bescherelle, L’art de conjuguer les verbes en français, Hatier, 1980 (Plusieurs rééditions). Fortement recommandé.

2. EPREUVE ORALE DE LITTERATURE SUR PROGRAMME (20 mn + 10 mn d’entretien)

Œuvres au programme de la session 2023 :
Tirso de MolinaEl Burlador de Sevilla, Ediciones Austral, 2010, ISBN 978-8467033960. 
Miguel DelibesCinco horas con Mario, Ediciones Austral, 2018, ISBN 9788423353705. 
José Marti, Ismaelillo. Versos libres. Versos sencillos, Madrid, Cátedra, 2005, ISBN 978- 84-376-0367-
Lectures complémentaires  
A propos de l’œuvre théâtrale de Tirso de Molina : 
Molière, Dom Juan (pdf)
Zorrilla, Don Juan Tenorio (pdf)
A propos de l’œuvre narrative de Miguel Delibes :
Delibes, El Camino (ed.destino)
Delibes , Los Santos inocentes (ed.destino)
Delibes, La Hoja roja (ed.destino)

3. ANALYSE D’UN TEXTE HORS PROGRAMME / EPREUVE DE PRESSE

Durée :30 minutes
Le candidat dispose de 20 minutes maximum pour présenter son exposé, le temps restant étant consacré à l’entretien. « Les candidats sont invités à respecter ce découpage ; le jury sanctionne les candidats qui ne parviennent pas  à développer leur exposé au-delà de dix minutes ; pareillement, l’entretien intervient à part entière dans l’évaluation en ce sens qu’il est censé constituer, pour le candidat, l’occasion d’approfondir et d’affirmer son analyse, de lever d’éventuels malentendus, et en tout état de cause de mettre en évidence sa maîtrisedans le maniement spontanéde la langue ». ENS rapport du jury 2006.
Objectifs 
« L’épreuve a plusieurs finalités : elle vise à tester le niveau de langue des candidats, tant au niveau de la compréhension que de l’explication de texte ; elle vise à apprécier les capacités d’analyse et de synthèse tout comme la maîtrise d’un minimum de références solidesconcernant les grands problèmes du monde hispanique, lesquels peuvent parfois et de plusen plus se confondre avec ceux du monde tout court ». ENS rapport du jury 2006
Le rapport du jury 2012 insiste sur l’effort linguistiqueque doivent fournir les candidats dès la préparation de l’oral et la sévérité avec laquelle le jury entend sanctionner une mauvaise expression orale.
Méthodologie 
L’exercice est différent des questions de cours de civilisation (texte-prétexte). Cependant il suppose une connaissance claire des grands faits et repères historiques et des aspects de civilisation dominants.
Les candidats doivent en faire une analyse et un commentaire ordonnés. Il leur est demandé d’effectuer une synthèse fidèle et critique de l’article proposé, sans en négliger aucune partie.
« Le candidat insistera sur les principales idées exprimées par l’auteur, en manifestantcependant un recul indispensable[…] Face au texte, le candidat doit montrer sa capacité à déterminer les intérêts en cause, les enjeux ou les conséquences du problème posé. Peu importe que son point de vue personnel apparaisse au fil du résumé ou après. L’essentiel estque l’article reste toujours le point de référence de la réflexion. Il doit fournir la matière première de celle-ci et susciter la mobilisation de connaissances appropriées ».
Le texte « ne doit jamais être un prétexte à des développements généraux » ENS rapport du jury 2002. De  même le rapport 2016 souligne qu’un commentaire d’article de presse « ne peut, en aucun cas, être assimilé à une récitation de cours « . Sur le plan méthodologique lejury accepte « tout type de commentaires, linéaires ou composés, pourvu que celui-ci reflète une bonne compréhension du texte et une démarche analytique ».
Il appartient donc au candidat de définir la stratégie qui lui paraît le mieux adapté au document proposé.
Il est aussi rappelé que l’épreuve est un « exercice de communication. Le candidat doit savoir gérer son temps pour que l’ensemble du texte soit étudié et présenter un commentaireconstruit, sans répétitions inutiles ». ENS, rapport du jury 2016.
Contenu des articles 
Il s’agit  principalement d’articles de presse issus des médias espagnols et hispano-américains (El País, El Mundo, La Vanguardia, Público, Clarín, La Nación, El Universal, Granma,La Jornada ) qui traitent de l’actualité au sens large : questions de société mais aussi événements plus précis. Les articles peuvent être davantage orientés vers l’information ou l’expression d’une opinion. C’est pourquoi il est indispensable de prendre du recul par rapport à ce qu’affirme l’auteur, de déceler le parti-prisqu’il manifeste.
Connaissances requises et consignes de lecture 
Un étudiant d’espagnol se doit de connaître la géographie et les principaux faits historiques du monde hispanique et hispano-américain. De brefs moments de cours seront consacrés à une révision et une évaluation des connaissances des candidats dans ce domaine.
Cette connaissance du passé va de pair avec une attention particulière et régulière aux faits et aux événements qui se déroulent dans le monde. Tel est l’esprit de cette épreuve. Le plus souvent ces derniers portent sur des sujets récurrents dans l’histoire des pays et réactivés par l’actualité.
Pour cela il est indispensable de parcourir le plus souvent possible la presse espagnole et notamment le grand journal de référence « El País » (la version numérique www.elpais.com est partiellement accessible de manière gratuite) mais aussi  www.eldiario.es , www.publico.eswww.elmundo.es  . Vous pourrez ainsi alimenter votre connaissance de l’actualité et repérer des articles qui très régulièrement  constituent des sujets d’interrogation.
Lire c’est aussi s’intéresser à la langue : profitez-en pour relever mots et expressions et enrichir ainsi votre lexique.

Principales sources d’informations en Espagne et en Amérique Latine

Espagne
EL PAIS (centre gauche) , EL MUNDO (Droite libérale) sont les deux grands journaux de référence en Espagne. ABC(Monarchiste), LA RAZON (Droite decomplexée !)
CLAVE DE RAZON PRACTICA, revue d’information générale très bien documentée.
PUBLICO (gauche), EL DIARIO.ES  et EL CONFIDENCIAL sont trois sites web très consultés.
LA VANGUARDIA (journal de la bourgeoisie catalane) existe en castillan et catalan.
Les journaux régionaux à grand tirage : IDEAL (Andalousie), LEVANTE (Valence), EL NORTE DE CASTILLA (Valladolid), EL HERALDO DE ARAGON, EL PERIODICO DE CATALUNYA, EL CORREO VASCO,  LA VOZ DE ASTURIAS, EL COMERCIO, LA NUEVA ESPAÑA (Asturies), LA VOZ DE GALICIA.

Amérique
– CLARIN (Droite), LA NACION (droite) et PAGINA 12 (Gauche péroniste) en Argentine.
– EL MERCURIO DE CHILE, LA TERCERA (Droite)
– EL COMERCIO, LA REPUBLICA au Pérou.
– EL TIEMPO et EL ESPECTADOR en Colombie.
– EL UNIVERSAL (opposé au « chavisme ») et EL NACIONAL au Venezuela.
– EL UNIVERSAL, EXCELSIOR, LA JORNADA au Mexique.
– GRANMA (Parti Communiste) , JUVENTUD REBELDE (Jeunesses communistes) et www.14ymedio.com  de la blogueuse Y.Sánchez (Anticastriste) à Cuba.

Géographie et Cartographie Spécialité

Professeur : Vincent Doumerc

Programme
À l’écrit : un commentaire de documents géographiques relatifs à la France (DOM compris). Le document de base est une carte topographique. A l’appui du commentaire de celle-ci, le jury peut proposer un extrait de carte topographique (à une autre échelle ou d’une autre édition) ou tout autre support permettant de compléter l’analyse.
À l’oral : un commentaire de carte topographique au 1/25 000 ou au 1/50 000 portant sur la France (DOM compris). La carte est accompagnée de documents complémentaires (cartes d’autres éditions ou d’autre échelle, cartes thématiques, photographies, statistiques, extraits de textes…).

Bibliographie 
La bibliographie se résume à 2 ouvrages. Un Atlas de la France et du monde et un ouvrage de présentation des différentes régions françaises.
Pour l’Atlas : le choix est laissé à l’étudiant, un Atlas un peu ancien (année 2000) peut convenir même s’il faudra faire à la lecture l’effort d’actualisation sur le redécoupage des régions françaises suite la loi de réforme territoriale de 2014-2015. L’Atlas ne doit pas forcément être problématisé, il s’agit seulement d’un outil de connaissance de l’espace et de localisation.
L’Atlas suivant peut convenir en cas d’achat : Atlas du 21ème Siècle, Collectif (préface Yves Lacoste), 2017 (première édition 2011)
Pour les ouvrages généraux sur la France : au choix de l’étudiant :
Eric JANIN (dir.), Les 18 régions françaises, Ellipses, août 2017
Laurent CARROUE (dir.), La France des 13 régions, Armand Colin, mars 2017

Travaux d’été :
Feuilleter l’Atlas et se familiariser avec les différentes régions françaises dans leurs composantes urbaines et rurales.
Maîtriser le Cours n°1 sur la typologie des campagnes françaises (pour les étudiants d’un autre établissement que le lycée Saint-Sernin ce travail n’est pas à réaliser car les étudiants ont déjà suivi un cours d’initiation à la cartographie).

Histoire et théorie des arts (1ère année) : bibliographie


Nathalie Cournarie
1ère année


Bienvenue dans la classe d’Histoire et théorie des arts ! 
Il n’est nullement nécessaire, pour y entrer, d’avoir déjà suivi cet enseignement dans le secondaire. Mais c’est une raison supplémentaire pour lire durant l’été quelques-uns des ouvrages suivants. Et pour ceux qui ont déjà travaillé en ce domaine, il s’agit d’approfondir  et de préciser leur culture. 

Bibliographie

Nadeije LANEYRIE-DAGEN, Histoire de l’art pour tous, Hazan, 2021.
Stephen FARTHING (dir.), Tout sur l’art, Panorama des mouvements et des chefs d’œuvre, Flammarion, 2020.
Guitemie MALDONADO, Marie-Pauline Martin, Natacha PERNAC, Chronologie de l’histoire de l’art, Hatier, 2015.

On pourra également consulter les sites suivants : http://www.wga.hu (banque d’images). 
Ou encore les sites des musées, tous aisément accessibles.

Pour la rentrée, regarder l’émission d’Arte sur le Louvre : https://www.arte.tv/fr/videos/093645-000-A/il-etait-une-fois-le-musee-du-louvre/

Nathalie Cournarie 

Philosophie 1ère année (hypokhâgne) – Bibliographie

1ère année 
(enseignement obligatoire, 4 h)

Nathalie Cournarie
Jean-Jacques Delfour
Emmanuel Lacoue-Labarthe



Le programme de philosophie en première année comporte 5 domaines :

La métaphysique  
La politique, le droit  
La morale 
La science
L’art, la technique 
Les sciences humaines : homme, langage, société.   


Bibliographie commune. Lisez une œuvre de votre choix.

Platon, Ion
Platon, Ménon
Aristote, Ethique à Nicomaque (livre I, ou II, ou VI)
Descartes, Méditations métaphysiques
Descartes, Lettre à Elisabeth du 21 juillet au 6 octobre 1645
Hobbes, Léviathan, chapitres 13 à 21 
Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes
Rousseau, Du contrat social
Kant, Critique de la raison pure, Préface de la seconde édition
Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs
Kant, Critique de la faculté de juger (« Analytique du beau »)
Nietzsche, Généalogie de la morale
Bergson, L’Energie spirituelle (« La conscience et la vie » / « L’âme et le corps »).
Benjamin, L’œuvre d’art à l’ère de sa reproductibilité technique
Arendt, Condition de l’homme moderne
Chalmers, Qu’est-ce que la science ?

2ème année

Programme : La science (2026)

Laurent Cournarie
Emmanuel Lacoue-Labarthe
Pierre Landou

Littérature française (2ème année) : Bibliographie 2025

ENS LSH-LYON, SESSION 2025

Programme de Littérature française

Axe 1 : genres et mouvements
– Domaine 1 : le roman
Axe 2 : questions
– Domaine 1 : l’œuvre littéraire, ses propriétés, sa valeur
– Domaine 2 : l’œuvre littéraire et l’auteur
Œuvres
– Guilleragues, Lettres portugaises, éd. A. Brunn, GF Flammarion, 2009 ; ISBN : 978-2-0812-1965-6.
– Bernardin de Saint-Pierre, Paul et Virginie, éd. J.-M. Racault, Le Livre de Poche, Classiques, 2019 ; ISBN : 9782253240280.
– Flaubert, Madame Bovary, éd. G. Séginger, GF, 2018 ; ISBN: 9782081422568.
– Marguerite Duras, Le ravissement de Lol V. Stein, Folio, 1976 ; ISBN : 9782070368105.

maryse.palevody@orange.fr

muriel.rossetti1882@gmail.com



Espagnol Spécialité Programme et bibliographie 2025

Professeur : Ludovic D’Agostin
Spécialité Espagnol

ENSEIGNEMENT DE SPECIALITE
THEME ET LITTERATURE      CIVILISATION ET PRESSE



1. EPREUVE ECRITE DE THEME 
Il s’agit de l’épreuve de spécialité (appelée aussi option). Elle suppose un travail approfondi qui a été entrepris en première année. Il faut poursuivre nos efforts et même les redoubler pour préparer au mieux cette épreuve en gagnant en efficacité. (Coefficient 2).
La finalité consiste à permettre de faire le point sur les compétences linguistiques des candidats dans l’une et l’autre langue, « linguistique » étant entendu dans son sens le plus large : depuis la simple exactitude lexicale jusqu’à l’appréhension socio-linguistique et stylistique du texte-source, en passant naturellement par l’indispensable maîtrise de la morphosyntaxe de la langue castillane.
L’épreuve de thème est le reflet d’une longue et complexe préparation, à laquelle concourt tout ce qui touche à la langue-cible des candidats : exercices académiques, explications de texte, écrites et orales, dissertations, exposés, etc…L’expression authentique est évidemment privilégiée par rapport à la « langue de bois »… Les lectures et contacts personnels avec une langue authentique ainsi que l’utilisation des nouvelles technologies mettent à la portée de tous les étudiants journaux, films, romans, émissions de télévision et de radio. « Tout est bon pour appréhender et faire sien ce monde protéiforme qu’est une langue vivante, la langue castillane dans notre cas ». (ENS Lyon, rapport de jury 2005).
La première condition de notre travail passe par une connaissance solide de la grammaire de base et des conjugaisons en particulier. Par ailleurs il faut absolument « acquérir »du vocabulaire et ne pas cesser d’en apprendre. Pour cela il faut lire de tout ! Lire et noter les mots et expressions. Ce travail personnel et quotidien est indispensable. Le moment des vacances est idéal pour l’amorcer.

Dictionnaires :
Clave,Diccionario de uso del español actual.Ediciones SM ,2006 ISBN : 84-675-0921-X Excellent dictionnaire. Le seul autorisé pour l’épreuve de commentaire et de version. Il est donc obligatoire.
Larousse Grand dictionnaire français-espagnol, espagnol-français, 420.000 traductions, 2007. Ouvrage indispensable.
María Moliner, Diccionario de uso del español , Gredos, 1966(4èmeédition réactualisée en 2012). Une référence. Dictionnaire disponible au CDI.
Diccionario de la Real Academia de la Lengua Española (DRAE), Espasa Calpe, 1992 édition de poche en deux volumes. Utile dans la mesure où il ne se cantonne pas à l’usage actuel. Consultable gratuitement en ligne.
Manuel Seco, Diccionario de dudas y dificultades de la lengua española,Espasa Calpe, 1994.

Grammaires au choix  :
Jean-Marc Bedel, Grammaire de l’espagnol moderne, PUF, 1997. Excellent ouvrage, très complet.
Jean Coste et Augustin Redondo, Syntaxe de l’espagnol moderne, Sedes, 1965. Grammaire très intéressanteavec de nombreux exemples de phrases tirées d’œuvres littéraires.
Pierre Gerboin et Christine Leroy, Grammaire d’usage de l’espagnol contemporain, Hachette Université, 2014.
Michel Camprubi, Etudes fonctionnelles de grammaire espagnole, PUM, 2001.

La conjugaison
Bescherelle, El arte de conjugar los verbos españoles, Hatier, 1984. Plusieurs rééditions. Indispensable pour tout hispanisant.
González Hermoso, Los verbos españoles, Hachette, 2000. Disponible au CDI

Dictionnaires en français :
Petit Robert, Dictionnaire de la langue française, editions Le Robert, réactualisé chaque année. Indispensable.
Dictionnaire historique de la langue française, éditions Le Robert, deux volumes, 1992. Ouvrage passionnant consultable en bibliothèque.
Emile Littré, Dictionnaire de la langue française, Le livre de poche, coll. »La pochothèque », 1863.

Grammaires françaises/manuel de conjugaison
Grévisse/ Goosse, Nouvelle grammaire française, Duculot, 1990.
Grévisse, Le Bon usage, Duculot, 1993.
Bescherelle, L’art de conjuguer les verbes en français, Hatier, 1980 (Plusieurs rééditions). Fortement recommandé.

2. EPREUVE ORALE DE LITTERATURE SUR PROGRAMME (20 mn + 10 mn d’entretien)



Œuvres au programme de la session 2025 :

Pablo Neruda, Canto general, éd. de Enrico Mario Santí, Madrid, Cátedra (coll. Letras Hispánicas), 2005 ; ISBN : 978-84-376-0930-0. Le programme porte sur les sections 1, 2 et 3. –
Ramón de la Cruz, Sainetes, éd. de Francisco Lafarga, Madrid, Cátedra (coll. Letras Hispánicas), 2006 ; ISBN 978-84-376-0936-2. Le programme porte sur les pièces : « La Crítica, la Señora, la Primorosa, la Linda », « Los picos de oro », « El casamiento desigual », « Introducción a la Tragedia ridícula de Manolo », « Manolo », « La república de las mujeres » et « Las provincias españolas unidas por el placer ». 
Eduardo MendozaRiña de gatos. Madrid 1936 (2010), Barcelone, Booket (Planeta), 2015 ; EAN : 978-84-080-0437-0. 

3. ANALYSE D’UN TEXTE HORS PROGRAMME / EPREUVE DE PRESSE (20 mn + 10 mn d’entretien) sans dictionnaire autorisé)

Le candidat dispose de 20 minutes maximum pour présenter son exposé, le temps restant étant consacré à l’entretien. « Les candidats sont invités à respecter ce découpage ; le jury sanctionne les candidats qui ne parviennent pas  à développer leur exposé au-delà de dix minutes ; pareillement, l’entretien intervient à part entière dans l’évaluation en ce sens qu’il est censé constituer, pour le candidat, l’occasion d’approfondir et d’affirmer son analyse, de lever d’éventuels malentendus, et en tout état de cause de mettre en évidence sa maîtrisedans le maniement spontanéde la langue ». ENS rapport du jury 2006.

Objectifs 

« L’épreuve a plusieurs finalités : elle vise à tester le niveau de langue des candidats, tant au niveau de la compréhension que de l’explication de texte ; elle vise à apprécier les capacités d’analyse et de synthèse tout comme la maîtrise d’un minimum de références solidesconcernant les grands problèmes du monde hispanique, lesquels peuvent parfois et de plusen plus se confondre avec ceux du monde tout court ». ENS rapport du jury 2006
Le rapport du jury 2012 insiste sur l’effort linguistiqueque doivent fournir les candidats dès la préparation de l’oral et la sévérité avec laquelle le jury entend sanctionner une mauvaise expression orale.

Méthodologie
 
L’exercice est différent des questions de cours de civilisation (texte-prétexte). Cependant il suppose une connaissance claire des grands faits et repères historiques et des aspects de civilisation dominants.
Les candidats doivent en faire une analyse et un commentaire ordonnés. Il leur est demandé d’effectuer une synthèse fidèle et critique de l’article proposé, sans en négliger aucune partie.
« Le candidat insistera sur les principales idées exprimées par l’auteur, en manifestantcependant un recul indispensable[…] Face au texte, le candidat doit montrer sa capacité à déterminer les intérêts en cause, les enjeux ou les conséquences du problème posé. Peu importe que son point de vue personnel apparaisse au fil du résumé ou après. L’essentiel estque l’article reste toujours le point de référence de la réflexion. Il doit fournir la matière première de celle-ci et susciter la mobilisation de connaissances appropriées ».
Le texte « ne doit jamais être un prétexte à des développements généraux » ENS rapport du jury 2002. De  même le rapport 2016 souligne qu’un commentaire d’article de presse « ne peut, en aucun cas, être assimilé à une récitation de cours « . Sur le plan méthodologique lejury accepte « tout type de commentaires, linéaires ou composés, pourvu que celui-ci reflète une bonne compréhension du texte et une démarche analytique ».
Il appartient donc au candidat de définir la stratégie qui lui paraît le mieux adapté au document proposé.
Il est aussi rappelé que l’épreuve est un « exercice de communication. Le candidat doit savoir gérer son temps pour que l’ensemble du texte soit étudié et présenter un commentaireconstruit, sans répétitions inutiles ». ENS, rapport du jury 2016.

Contenu des articles 

Il s’agit  principalement d’articles de presse issus des médias espagnols et hispano-américains (El País, El Mundo, La Vanguardia, Público, Clarín, La Nación, El Universal, Granma,La Jornada ) qui traitent de l’actualité au sens large : questions de société mais aussi événements plus précis. Les articles peuvent être davantage orientés vers l’information ou l’expression d’une opinion. C’est pourquoi il est indispensable de prendre du recul par rapport à ce qu’affirme l’auteur, de déceler le parti-prisqu’il manifeste.

Connaissances requises et consignes de lecture 

Un étudiant d’espagnol se doit de connaître la géographie et les principaux faits historiques du monde hispanique et hispano-américain. De brefs moments de cours seront consacrés à une révision et une évaluation des connaissances des candidats dans ce domaine.
Cette connaissance du passé va de pair avec une attention particulière et régulière aux faits et aux événements qui se déroulent dans le monde. Tel est l’esprit de cette épreuve. Le plus souvent ces derniers portent sur des sujets récurrents dans l’histoire des pays et réactivés par l’actualité.
Pour cela il est indispensable de parcourir le plus souvent possible la presse espagnole et notamment le grand journal de référence « El País » (la version numérique www.elpais.com est partiellement accessible de manière gratuite) mais aussi  www.eldiario.es , www.publico.eswww.elmundo.es  . Vous pourrez ainsi alimenter votre connaissance de l’actualité et repérer des articles qui très régulièrement  constituent des sujets d’interrogation.
Lire c’est aussi s’intéresser à la langue : profitez-en pour relever mots et expressions et enrichir ainsi votre lexique.

Principales sources d’informations en Espagne et en Amérique Latine

Espagne
EL PAIS (centre gauche) , EL MUNDO (Droite libérale) sont les deux grands journaux de référence en Espagne. ABC(Monarchiste), LA RAZON (Droite decomplexée !)
CLAVE DE RAZON PRACTICA, revue d’information générale très bien documentée.
PUBLICO (gauche), EL DIARIO.ES  et EL CONFIDENCIAL sont trois sites web très consultés.
LA VANGUARDIA (journal de la bourgeoisie catalane) existe en castillan et catalan.

Amérique
– CLARIN (Droite), LA NACION (droite) et PAGINA 12 (Gauche péroniste) en Argentine.
– EL MERCURIO DE CHILE, LA TERCERA (Droite)
– EL COMERCIO, LA REPUBLICA au Pérou.
– EL TIEMPO et EL ESPECTADOR en Colombie.
– EL UNIVERSAL (opposé au « chavisme ») et EL NACIONAL au Venezuela.
– EL UNIVERSAL, EXCELSIOR, LA JORNADA au Mexique.
– GRANMA (Parti Communiste) , JUVENTUD REBELDE (Jeunesses communistes) et www.14ymedio.com  de la blogueuse Y.Sánchez (Anticastriste) à Cuba.

INFOS PRATIQUES

Pour obtenir des attestations de niveau CECRL (A1 à C1) vous pouvez vous inscrire gratuitement à des sessions d’examen organisées par le CLES si vous êtes inscrits comme étudiant à l’UT2J :  https://www.univ-tlse2.fr/accueil/formation-insertion/decouvrir-formations/certificat-competences-langues-enseignement-superieur-cles

Philosophie et Philosophie spécialité : bibliographie 2026

Contact : Laurent.Cournarie@ac-toulouse.fr

Cours commun
(enseignement obligatoire, 4 h.)

Equipe pédagogique :
Laurent Cournarie
Emmanuel Lacoue-Labarthe
Pierre Landou

Programme :

Les titres précédés d’un astérisque * sont à lire de préférence.
La majorité des ouvrages est disponible au CDI [CDI].
Chaque professeur se réserve la liberté d’indiquer à sa classe des conseils (bibliographiques ou documentaires) spécifiques, par mail ou lors de la rencontre d’accueil prévue le …


À lire en priorité :

Ouvrages généraux


Histoire de la philosophie






Option
(enseignement de spécialité, 6 h.)

Professeur : Laurent Cournarie

Programme

Écrit :

La bibliographie du programme de spécialité sera adressée directement à chaque élève de l’option.

Oral :
– Platon, Phédon, trad. M. Dixsaut, Flammarion, coll. « GF », 1999.
– Comte, A., Cours de philosophie positive, tome 1, Première et deuxième leçons, Classique Garnier, 2021, p. 49-206.

Acheter les deux ouvrages de Platon et de Comte, dans l’édition indiquée.

VIAJE DE ESTUDIOS A ANDALUCÍA ORIENTAL CPGE 1 LVA/ CPGE 2 LVA

Del martes 23 al martes 30 de mayo de 2023

Les étudiants LSH LVA et KH SPÉ participent au voyage d’études en Andalousie orientale avec comme objectif un travail interdisciplinaire autour des thématiques suivantes: 
Littérature espagnole et musique à Grenade dans les milieux intellectuels avant la Guerre Civile.( M. de Falla, F.García Lorca)
Les Generaciones del 27 y del 36: les poètes Antonio Machado et Miguel Hernández.
Les écrivains français et l’Espagne : récits au XIXème sur la ville de Grenade (Mérimée/ Gautier et Chateaubriand)
Histoire et littérature : le thème de « La frontera» à la fin du XVème ; la fin du royaume des Nasrides et l’avénement de la double monarchie/ le romance de la frontera hispano-mauresque.
Histoire de l’art : le style herreriano et le baroque andalou à travers la peinture et la sculpture à Grenade.

Célébration du 50ème anniversaire de la mort de P.Picasso à Malaga.

Géographie : aménagement du territoire à Malaga (port)

Le pilotage des groupes de travail est assuré par les étudiants CPGE 2 (notamment les étudiants khûbes).

Le beau soleil le jour saint Valentin. A.-S. André. 14-02-23

Podcast
https://audioblog.arteradio.com/blog/192901/podcast/198531/le-beau-soleil-le-jour-saint-valentin-anne-sophie-andre-14-02-2023

Le Beau Soleil, le jour Saint Valentin

Le chromo choisi pour illustrer l’affiche de cette conférence réunit tous les poncifs associés à la Saint Valentin : un angelot, des fleurs porteuses d’un message secret (en l’occurrence des myosotis, Forget-Me-Nots en anglais, « ne m’oublie pas ») des guirlandes et bien sûr un coeur rouge. Il ne manque plus que les chocolats et un air sirupeux pour compléter le cliché.
Cette Saint Valentin commerciale que vous croyez connaître et qu’il est de bon ton, dans les cercles intellectuels, de tenir à distance, savez-vous qu’en réalité elle est l’héritière de toute une histoire complexe, qui plonge ses racines dans le lointain passé de notre civilisation?
Mais tout d’abord, qui était saint Valentin et quel rapport entretenait-il avec Amour? Je ne ferai pas durer le suspense : saint Valentin a bien existé : il a même existé plusieurs fois et à plusieurs endroits! Pour faire simple, plusieurs personnages du Bas Empire romain ont porté ce nom, sans que leurs mérites ou prétentions à la sainteté soient exceptionnels. Ce que l’on sait c’est qu’un Valentin fut décapité près de Rome, le 14 février entre 270 et 280 après Jésus-Christ. Pour en finir avec Valentin, il faut savoir qu’il fut très généreux en reliques, et que son culte s’est répandu un peu partout dans l’espace romain, mais il était imploré pour protéger les vignes, les vaches, les abeilles ou les oignons[1], ce qui ne laisse pas d’interroger sur sa transformation en saint patron des amoureux.
Jean-Claude Kaufmann, dans son ouvrage très documenté Saint Valentin, Mon Amour! établit une corrélation entre la date avérée de son martyre, le 14 février, et les fêtes romaines des Lupercales, fêtes de la purification où il était de tradition que les hommes nus fouettent le ventre des jeunes femmes (elles-mêmes peu vêtues) avec des lanières confectionnées dans la peau des animaux sacrifiés au début des cérémonies afin d’encourager la fertilité. Ce rapprochement des corps entraînait-il un rapprochement des coeurs? Difficile de le savoir. Ce qui est certain, en revanche, c’est que l’Eglise naissante ne voyait pas d’un bon oeil ces fêtes et fit tout ce qui était en son pouvoir pour les canaliser.
Jean-Claude Kaufmann pense que la Saint-Valentin a été associée à l’amour par coïncidence de dates,[2] en pleine période de Carnaval, à un moment où tout était permis, et notamment une forme de libération sexuelle permettant de secouer quelques semaines la chape de plomb d’une société extrêmement rigide. Son argumentaire est très séduisant, mais il me semble plus s’appliquer à Carnaval. En revanche il évoque une pratique qui va nous permettre de faire un bond de la fin de l’Empire Romain au XIVème siècle : celle de la loterie amoureuse, permettant à des couples de hasard et éphémères de se former. Or pour indiquer à l’élu de son coeur qu’on le choisit, encore faut-il le lui dire, ou pour reprendre la formule attribuée aux troubadours, « aimer, c’est le dire »[3].
Ainsi, tandis que dans les communaux des villages Jeannette et Jeanneton sont appariés lors de rondes où l’on clame « J’aimerai qui m’aimera », à la cour du roi Richard II d’Angleterre, en pleine guerre de Cent Ans , et sans que l’on sache précisément pourquoi, on assiste à la floraison de toute une série de poèmes invoquant diversement Saint Valentin. Français et Britanniques se disputent un peu la paternité de cette nouvelle mode, mais il semble bien que ce soit le grand Geoffrey Chaucer, avec son Parlement des Oiseaux, qui a le premier établi le lien entre le 14 février, jour de la Saint Valentin, l’arrivée du printemps et le renouveau du sentiment amoureux. (En ce qui concerne le printemps, n’oublions pas qu’en raison du calendrier julien, le 14 février de la fin du XIVème siècle était plus tardif; cela dit, le soleil rayonnant aujourd’hui est bien dans la note).

Geoffrey Chaucer[4]
The Parliament of Fowles

Now welcome, somer, with thy sonne softe,
That hast thes wintres wedres overshake
And driven away the long nyghtes blakes !
Saynt Valentyn, that art ful hy on-lofte,
Thus syngen smale foules for thy sake :
Now welcome, somer, with thy sonne softe,
That hast thes wintres wedres overshake.
Wel han they cause for to gladen ofte,
Sith ech of hem recovered hath hys make,
Ful blissful mowe they synge when they wake :
Now welcome, somer, with thy sonne softe,
That hast thes wintres wedres oversake.


(Le parlement des oiseaux)
Sois bienvenu, été, toi et ton doux soleil
Vous dissipez la rigueur de l’hiver,
Vous écartez des nuits l’obscurité !
Saint Valentin, toi qui résides au ciel,
Les oiseaux chantent ce chant pour te fêter :
Sois bienvenu, été, toi et ton doux soleil
Vous dissipez la rigueur de l’hiver.
Infatigables, bien sûr ils crient merveille,
Puisque chacun sa chacune a trouvé,
Dès le réveil, joyeux ils vont chanter :
Sois bienvenu, été, toi et ton doux soleil
Vous dissipez la rigueur de l’hiver.

Nathalie Koble souligne que d’emblée les poèmes sont écrits dans les deux langues de la cour (l’anglais et le français, voire l’anglo-normand), où une culture des jeux d’esprit favorise les assemblées courtoises : 
« comme les oiseaux rassemblés en parlement, les poètes exercent dans des communautés d’appartenance, qui associent étroitement activités poétique et politique. »[5] Les spécialistes d’anglais de khâgne seront intéressés de savoir que Jean de Gand, le puissant oncle de Richard II, était le mécène de ces rencontres. 
C’est en 1401 que la mode de poèmes inscrits dans un calendrier littéraire se transporte en France puisque cette année-là, une Cour amoureuse est lancée autour du roi Charles VI, dont Nathalie Koble nous dit qu’il s’agissait d' »une réunion poétique mensuelle initialement destinée à contrer les malheurs de l’Histoire par la pratique de la poésie. »[6] Christine de Pisan s’y illustre notamment avec un Virelai dont je vous cite les deux premiers quatrains :
Très doux ami, qu’il t’en souvienne
C’est aujourd’hui que je te prends
Pour amant : que ton coeur m’appartienne,
Je veux qu’il soit tout entier mien,
Car c’est la coutume, entre amants,
Et tu le sais, bien ordonnée,
Que le premier jour du printemps
On prenne un ami pour l’année.

A cette époque en effet, la culture des deux cours est très poreuse, au gré à la fois des revendications anglaises sur une bonne part du territoire français mais aussi des alliances princières (la deuxième épouse de Richard II, Isabelle de France, fille de Charles VI, n’avait pas sept ans lors de leur mariage célébré à Ardres près de Calais en 1399 pour conclure une trêve dans la Guerre de Cent Ans.


Les témoignages des contemporains s’accordent à dire que Richard, très critiqué par ailleurs pour sa gestion des affaires du royaume, s’est toujours montré très gentil avec la fillette.)
Charles d’Orléans, neveu de Charles VI et futur époux d’Isabelle, fut retenu prisonnier à la Tour de Londres pendant vingt-cinq ans ans, au contact culturel de ces cercles poétiques, est s’est illustré lui aussi par plusieurs rondeaux thématiques autour de la Saint-Valentin, dont celui qui m’a inspiré le titre de cette conférence, composé dès le départ dans les deux langues, et dont voici le premier vers en anglais et français du XIVème siècle.

Dans le dur lit d’ennuyeuse pensée
Whan fresshe Phebus, day of seynt Valentyne,
Le beau souleil le jour saint Valentin

Le poème entier est une illustration très classique de la double thématique du renouveau et de la perte amoureuse, génératrice de rêverie mélancolique (pensée signifie rêverie en français médiéval, qui constituent l’un des topoi de la poésie amoureuse).

Le beau soleil de la Saint-Valentin
a apporté sa chandelle allumée
pour pénétrer hier de bon matin
à pas feutrés dans ma chambre fermée.
Cette lumière qu’il avait apportée
m’a réveillé du sommeil de souci
qui me tenait pour la nuit endormi
dans le dur lit d’ennuyeuse pensée.
Ce même jour partageant le butin
des biens d’Amour les oiseaux rassemblés
se sont tous mis à parler leur latin
et à piailler réclamant la livrée
que la nature leur avait réservée :
un compagnon que chacun se choisit –
moi je restai réveillé par leurs cris
dans le dur lit d’ennuyeuse pensée.
Alors en larmes j’ai mouillé mon coussin
et j’ai pleuré sur ma dure destinée
disant : « Oiseaux, vous prenez le chemin
de vos plaisirs, de la joie désirée,
chacun de vous est bien apparié,
moi mon amie, la mort me l’a ravie
et j’ai sombré dans la mélancolie
dans le dur lit d’ennuyeuse pensée.

Nous voici donc à la Renaissance, et aussi bien en France qu’en Angleterre, avec des formes un peu différentes, la Saint-Valentin est devenue, selon la formule de N. Koble, « une pratique courtoise inscrite dans la langue » puisque le mot « valentine » désigne à la fois l’objet aimé et le poème composé en son honneur.[7]
Fêtes romaines puis carnavalesques, raffinement poétique de cours, comment, de ce haut lignage sommes-nous parvenus aux explosions de cœurs et de chocolats actuels? A bas bruit tout d’abord, au rythme de la vie rurale, gouvernée par un cycle de célébrations rituelles dont la Saint-Valentin faisait partie. Plus nous nous rapprochons de notre époque, plus les objets témoins de cette présence dans la culture populaire française et anglaise s’offrent à nous, miraculeusement préservés.

Ainsi, le Metropolitan Museum de New York conserve, dans une boîte spéciale, toute une collection de cartes de la Saint-Valentin, dont les plus anciennes sont difficiles à distinguer des images pieuses.


Cette illustration française sur parchemin date du XVIIIème siècle; comme par magie, des coeurs poussent sur les arbres, et le message implicite est que la force de l’amour conjugal (suggéré par l’église) protègera le couple (le village) des vicissitudes de la vie (la tempête). On voit bien tous les éléments codés qui font l’ordinaire des représentations picturales de la Saint-Valentin.
En Angleterre, la coutume d’échanger des billets pour la Saint-Valentin perdure de son côté, et le romancier Thomas Hardy, dont les romans ruraux publiés à la fin du XIXème siècle mettent en scène le crépuscule d’un monde sur le point d’être englouti par l’urbanisation née de la Révolution Industrielle, a immortalisé les pratiques de la Saint-Valentin dans son roman Loin de la foule déchaînée. L’ethnologue française Yvonne Verdier lui a consacré des pages magnifiques, qui nous permettent également de comprendre comment la coutume de la Saint-Valentin s’est maintenue :
« En effet le valentinage se faisait aussi sous la forme d’un tirage au sort public: la veille de la fête, le 13 février, jeunes gens et jeunes filles d’un même village se rassemblaient entre eux, semble-t-il, sur une hauteur ou dans un pré à l’écart. Selon un voyageur français qui observe la coutume près de Londres, à la fin du XVIIIè siècle: «Chacun et chacune écrivent leurs vrais noms ou des noms empruntés sur des billets séparés, roulent ces billets et tirent au sort, les Filles prenant les billets des Garçons et les Garçons les billets des Filles. De sorte que chaque garçon rencontre une fille qu’il appelle sa Valentine et chaque fille rencontre un garçon qu’elle appelle son Valentin.» Ou encore, autre mode d’élection par le hasard, le jeune homme décide de prendre pour Valentine la première fille qu’il rencontre en sortant de chez lui le matin du 14 février, lui adressant ces mots : Be my Valentine. Ainsi les formes de la coutume oscillent-elles entre les deux pôles : celui d’un choix amoureux librement consenti, mais généralement tenu caché dans le billet doux, bénéficiant en quelque sorte du secret de la correspondance, et celui d’un appariement par le sort d’un vaste jeu de loterie, tenu cette fois au grand jour. »[8]
Yvonne Verdier montre ensuite comment la Saint-Valentin est inscrite par Hardy dans la trame de son roman, la coutume devenant l’un des pivots de l’intrigue amoureuse, intrigue, soit-dit en passant, qui met en scène l’une des plus remarquables héroïnes de la fiction victorienne, Bathsheba Everdene. Mais je m’avance, car Bathsheba a acheté la carte qu’elle envoie dans le roman, alors qu’au moins jusqu’aux années 1840, la plupart des cartes étaient « faites maison », comme cet exemple conservé au Victoria & Albert Museum de Londres l’atteste.


Il se peut que cette carte ait été conçue comme une demande en mariage, car d’après la tradition, si un homme donnait un gant à une femme le jour de la Saint-Valentin et qu’elle le portait jusqu’à Pâques, cela signifiait que ses sentiments étaient partagés. Le superbe poème (!) inscrit en dessous du gant corrobore cette interprétation. 
Autre exemple conservé au Metropolitan Museum of Art, dont la complexité est assez époustouflante. (Le lien renvoie vers l’image animée de cette carte très particulière).
Mais tout ceci prend du temps et en cette deuxième moitié de XIXème siècle, tout s’accélère : les trains et les bateaux à vapeur, les papeteries industrielles et les rotatives permettent d’imprimer à bas coût des milliers de cartes bon marché; la mise en place de la poste et du timbre à un penny en 1840 seront déterminantes et les années 1850-1900 sont l’âge d’or de la carte de la Saint-Valentin en Grande-Bretagne tout d’abord. 
Et comme l’illustration qui suit vous le montre, Chat GPT n’a rien inventé : la panne d’inspiration pouvait guetter quiconque et les Victoriens avaient trouvé la parade :


(https://www.vam.ac.uk/blog/wp-content/uploads/00002-scan_2022-01-27_10-58-32-2048×1185.jpg)
Quelle que soit votre occupation, ce recueil propose des vers de circonstance tout faits pour déclarer votre flamme. J’aime tout particulièrement la réponse suggérée pour repousser les avances d’un forgeron :

I never can, for one great cause, be by a Blacksmith won;
I must make all the noise myself, my husband must make none.


Jamais je ne pourrai d’un forgeron être la flamme
Car de nous deux suis seule à pouvoir faire du ramdam 
(traduction libre par mes soins)

Simultanément, dans les jeunes États-Unis d’Amérique, la tradition des cartes de Saint-Valentin se répand, en provenance d’Angleterre, et il n’échappe pas aux papetiers locaux qu’il y a là un marché à prendre. En effet, contrairement à la mère patrie, l’Amérique fronce le sourcil sur les fêtes traditionnelles, qui ne rentrent pas dans le cadre de la théologie puritaine (on ne fêtait pas Noël) ou qui, en encourageant les débordements, risquent de mettre à mal l’éthique de travail et la profitabilité. Le développement de la société de consommation dans les dernières décennies du XIXème siècle va entraîner un brutal renversement de perspective, sous l’impulsion de publicistes et d’industriels qui avaient senti que toutes ces fêtes étaient autant d ‘occasion de consommer potentielles. 
Ainsi que l’écrit l’historien Leigh Eric Schmidt :
« Les fêtes permettraient d’organiser la consommation de façon ordonnée, en accordant le cycle rituel au commerce. …Si du point de vue des industriels il y avait trop de fêtes, de celui des nouveaux commerçants, il n’y en avait jamais assez. »[9]
La Saint-Valentin n’échappe pas à cette réinvention commerciale, car elle permet d’écouler les stocks d’images invendus de la nouvelle année. Les fleuristes n’ont pas tardé à emboîter le pas, suivis par les chocolatiers et autres confiseurs. Mais ce qui caractérise la Saint-Valentin, par rapport à d’autres fêtes commercialisées, c’est que son appropriation commerciale initiale dérive directement des pratiques ancrées dans le folklore culturel.
Voici un exemple animé de la production industrielle haut de gamme des années 1860-1900.
Et une illustration 2022, caractéristique de l’humour grinçant des féministes britanniques : le texte reprend sa place, l’illustration étant délibérement surjouée. (Capture d’écran Instagram, 5 janvier 2023).


De ses origines pluriséculaires, la Saint-Valentin a gardé en partage un dynamisme qui se manifeste au travers de réinventions constantes, en faisant l’incarnation moderne de la « mouvance » médiévale, cet art de la métamorphose vivante, pour reprendre la terminologie de Paul Zumthor. Si les sirènes du marketing ne cessent de trouver de nouvelles mélodies entêtantes pour nous inciter à consommer l’amour (littéralement si l’on songe aux gâteaux créés pour l’occasion), elles ne peuvent cependant gommer certaines caractéristiques fondamentales de cette journée associant retour du beau soleil et célébration du sentiment amoureux : aujourd’hui au lycée la distribution de roses confectionnées par les élèves en est la manifestation éclatante et sympathique. 


[1] L’un de mes étudiants de khâgne m’a signalé le poème de Carol Ann Duffy, Valentine, où le Je poétique offre un oignon à l’être aimé en guise de cadeau de Saint Valentin, variation très ironique sur notre thème, mais je ne crois pas que Duffy avait connaissance de cette fonction protectrice de St Valentin. Un grand merci en tous les cas à P. Bondarenko pour la référence.
[2] Jean-Claude Kaufmann, Saint Valentin, Mon Amour!, Paris, Les Liens qui Libèrent, 2017, ch. 1 passim.
[3] Nathalie Koble, « La Tradition Poétique de la Saint-Valentin (XIVe-XXIe siècles) », Po&sie, 2014/2, n°148, p. 68.
[4] Tous les extraits de poèmes médiévaux sont extraits de l’article de N. Koble.
[5] Koble, loc. cit., p. 69.
[6] Koble, ibid.
[7] Cette tradition poétique de la Saint-Valentin perdure jusqu’à nos jours, et dans les deux langues, je vous renvoie à l’anthologie élaborée par Nathalie Koble pour vous en faire une idée.
[8] Yvonne Verdier, Coutume et Destin, Thomas Hardy et autres essais, Paris, 1995, p. 95.
9] Leigh Eric Schmidt, The Commercialization of the Calendar: American Holidays and the Culture of Consumption, 1870–1930, Journal of American History, Volume 78, Issue 3, December 1991, Pages 887–916, https://doi.org/10.2307/2078795, p. 889.

D’après nature ? Les artistes à la ménagerie. Nathalie Cournarie. 13-12-22.

Podcast : https://audioblog.arteradio.com/blog/192901/podcast/195217/les-artistes-a-la-menagerie-nathalie-cournarie-13-12-2022

Une ménagerie scientifique : au plus près de l’animal

« Le lion est mort. – Au galop. Le temps qu’il fait doit nous y activer. Je vous attends. »[1] Eugène Delacroix adresse ce célèbre billet à son compagnon de jeunesse, le sculpteur Antoine-Louis Barye, l’un et l’autre représentants de l’art animalier romantique, sans doute à la mi-octobre 1816, en réaction à la mort d’un lion d’Afrique, pensionnaire de la ménagerie du Museum d’Histoire naturelle au Jardin des Plantes à Paris.
Pourquoi tant d’empressement et même de fébrilité chez ces deux jeunes artistes (18/21 ans) ? Ils partagent le désir ardent d’aller dessiner sur place, et dans l’urgence, la dépouille du lion, avant qu’elle ne soit emportée. Animés d’une passion commune pour les fauves et leur sauvagerie, ils saisissent l’occasion d’observer, sans doute d’assez près, le lion, et de le dessiner (le modèle mort tient la pose et montre mieux ses caractéristiques anatomiques…), accumulant de précieuses études en prévision d’œuvres ultérieures. Sans doute pourront-ils assister ensuite à une séance de dissection dans l’amphithéâtre d’anatomie, car la ménagerie est intégrée à un établissement scientifique, sous la direction de spécialistes renommées de l’anatomie comparée : Georges Cuvier, directeur du laboratoire d’anatomie comparée, et Etienne Geoffroy Saint Hilaire, zoologue, précurseur de la paléontologie, qui lui n’est pas forcément convaincu de l’utilité de l’observation du comportement de l’animal. 
En effet, si le Jardin des Plantes est une des plus éminentes institutions scientifiques, il développe aussi un programme d’enseignement artistique, ce qui est moins connu, et au plus près de l’animal : des leçons gratuites de dessin et de peinture, un cours public de dessin de zoologie, dont Barye lui-même sera chargé en 1854. 

A gauche : Eugène Delacroix, Deux études d’un lion écorché, 1829, mine de plomb sur papier, 24,9 cm x 19,2 cm, (Paris, Musée du Louvre, arts graphiques). A droit: Louis-Antoine Barye, Lionne de l’amiral Rigny, 1828, mine de plomb sur papier,14,8 cm cx 19,6 cm (Paris, Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts)

Le Museum conserve aussi une collection d’œuvres présentant plantes et animaux naturalisés, que les naturalistes et les dessinateurs peuvent étudier ou copier à des fins scientifiques ou artistiques. C’est tout à la fois un lieu de diffusion des connaissances et un lieu de conservation. Mais sa collection fondamentale, celle qui contribue intensément à l’étude de la nature, reste celle des animaux vivants captifs de la ménagerie. Issue de la Révolution, projetée dès 1792, cette ménagerie est voulue par Bernardin Saint-Pierre[2], intendant du Jardin des Plantes dans la continuité de l’œuvre de Buffon, afin de permettre aux artistes de travailler sur l’original plutôt que sur la copie- c’est son propos polémique sur le lion baroque de la sculpture de Pierre Puget, Milon de Crotone, 1683, qui sert d’argument décisif- la ménagerie[3] est finalement ouverte en 1794 et elle ouvre aussi aux scientifiques la possibilité d’étudier le comportement des animaux, , et aux artistes de travailler d’après le vivant.

Pierre Puget, Milon de Crotone, 1683, marbre (Paris, Musée du Louvre)

Qu’il soit vif ou mort, le modèle animal est mis à disposition des artistes qui représentent la nature, dans un contexte où l’imitation de celle-ci reste au cœur de la théorie classique de l’art.

L’historien d’art peut se demander comment et dans quelle mesure la ménagerie favorise chez les artistes le développement d’une représentation naturaliste de l’animal vivant ou mort, pour mieux interroger leur propre rapport à la nature et en tirer des modes de figuration originaux de l’animal ? L’histoire de la représentation artistique de l’animal est une histoire de la vision rapprochée, qui relève selon Daniel Arasse situe d’une « histoire du détail » en peinture : « c’est souvent en définitive, moins la vérité de la représentation en elle-même qui retient alors l’artiste que sa vérité en peinture, en fonction de son intégration dans l’ensemble ou le détail s’insère »[4].

Rappel sur l’histoire des ménageries

Le mot ménagerie n’apparaît qu’au XVIIe siècle. On parlait auparavant de « sérails » par exemple. Les artistes, quand ils ont le privilège exceptionnel d’accéder à ces collections princières, dessinent d’après nature pour mieux imiter capter les formes et les volumes, traduire les attitudes des animaux en satisfaisant les attentes des cours aristocratiques. Sous leurs yeux, se déploient la sauvagerie et la beauté animales, mais aussi les rapports diplomatiques entre les animaux, qui les invitent à traduire aussi une émotion esthétique.
Il faut rappeler – à l’heure de la disparition des ménageries et de la transformation des zoos sous la poussée de la conscience de la condition animale – certains animaux sont omniprésents dans la vie quotidienne, du Moyen Age à la fin du XVIIIe s (vie domestique et chasse).
Il faut également rappeler l’existence de ménageries ambulantes qui donnent par exemple l’occasion à Léonard d’esquisser une tête d’ours, qu’il réutilisera dans La dame à l’hermine.


A gauche : Léonard de Vinci : Étude de tête d’ours, vers 1480, pointe d’argent sur papier (New-York, coll. Priv.). A droite, La dame à l’hermine, 1488, huile sur panneau de bois (Cracovie, Musée Czartorisky)

Mais il faut surtout insister, à partir du XVIe siècle sur le rôle des ménageries princières où se développent les collections d’animaux curieux, par goût de l’exotisme, du rare et du précieux (le mot apparaît à la même époque), sans aucun usage concret donc : les animaux en quelque sorte sont des objets de magnificence qui traduisent le prestige des grands et des puissants : la ménagerie est en effet un privilège princier (Jan Brueghel l’ancien (peintre flamand- XVe-XVIe s, qui a écrit dans sa correspondance qu’il travaillait d’après nature := se revendique comme peintre de naturalia) : les archiducs Albert et Isabelle dans le jardin de leur château à Coudenberg, 1620-1629, huile sur bois, Anvers Rubenhuis. Image harmonieuse d’espèces qui coexistent en liberté. Les animaux exotiques sont très rares en Europe. 

Jan Brueghel l’Ancien, Les archiducs Albert et Isabelle en promenade dans le parc du palais de Coudenberg, début XVIIe s, huile sur toile (Anvers, Rubenshuis)

Le guépard, vedette des ménageries princières, d’une des premières représentations de ménageries avec son dispositif architectural, par Jacopo Bellini en 1440- guépard au centre à comparer avec les guépards inclus dans la procession des Mages de Gozzoli au milieu du tout le luxe de la cour des Medicis qui emprunte à son livre de modèles), herbivores (chameaux, lamas). On ajoute Deux études de guépard de Giovannino de Grassi pour leur beauté.


A gauche : Jacopo Bellini, Esquisse d’une ménagerie, 1440, dessin (Londres, British Museum). A droite : Giovannino de Grassi, Deux études de guépard, vers 1400-1410 (Londres, British Museum


La rareté de ces animaux est essentielle dans la constitution des ménageries princières : car de fait, ces animaux-là sont aussi précieux que des œuvres d’art et comme elles se rangent dans des collections — avec cette différence majeure que leur espérance de vie en captivité, avec des soins hasardeux, est brève. Cela n’empêche pas les souverains lorsqu’ils mènent une vie itinérante, de se déplacer avec leur ménagerie (Antoine Caron). Cortège royal ordonné
Pour se faire une idée de cette rareté :
Rhinocéros (2 specimens vivant au XVIe)
crocodiles à Versailles en 1640, 
orangs-outans en Hollande au même moment
éléphants (2 à Versailles dans les années 1660-1670, un autre en 1775)
kangourous en Angleterre au XVIIIe
girafe dont Laurent de Médicis possédait un spécimen à Florence en 1486 (Vasari, Les ambassadeurs présentant leurs hommages à Laurent le Magnifique, 1556-58, Florence Palazzo Vecchio- hommage qui aurait été rendu dans la 2è moitié XVe), pour la 1ère fois en France en 1826.

Antoine Caron, Départ de la cour du Château d’Anet, ou Le voyage, vers 1570 dessin préparatoire pour l’un des tapisseries des Valois, encre brune, lavis brun, pierre noire (Paris, Musée du Louvre)

Le faux et le vrai vif

Reprenons l’hypothèse de D. Arasse qui ramène l’art animalier au cœur de l’histoire de l’art du détail : l’animal de ménagerie, en tant qu’objet de représentation, est l’une des figures qui déclenche l’avènement d’une vision rapprochée naturaliste dans les arts figuratifs, et donc le dépassement du symbolisme schématisant qui prévaut au Moyen Âge, mais avec une ambiguïté entre ce qu’on peut nommer le vrai et le faux vif.
Comme témoignage du vrai vif, les lions de Dürer, vrais par l’ennui qui les accable et le célèbre éléphant de Rembrandt plus vrai que nature.
Et pour montrer que de l’observation directe à l’imagination qu’excite l’animal chez l’artiste, de la nature à la poésie, il n’y a parfois qu’un pas, ainsi la plus splendide représentation d’animal de ménagerie, exécutée par l’un des artistes maîtrisant le plus le réalisme figuratif (cf. le lièvre ou la touffe d’herbe), est le Rhinocéros d’Albrecht Dürer (1515, gravure sur bois sur papier, Paris BNF) manifeste un irréalisme fantaisiste : un rhinocéros unicornis (espèce aujourd’hui en voie de disparition), considéré comme un animal extrêmement dangereux capable de vaincre un éléphant (récit de Pline). 

Albrecht Dürer, Rhinocéros, 1515, gravure sur bois (Londres, British Museum)

Un étrange animal, cadeau diplomatique offert par le Sultan de Cambay au roi du Portugal Manuel Ier, débarque le 20 mai 1515 au port de Lisbonne. Mais Dürer ne travaille pas de visu, car il ne dispose à Nuremberg que d’un croquis de l’animal accompagné d’une description écrite que lui envoie un marchand germanophone installé à Lisbonne. Il transpose l’animal en une sorte de gigantesque crustacé armé d’une carapace avec une peau plissée, des écailles de reptile sur les pattes, agrémenté d’une queue d’éléphant, arborant une corne torsadée qui l’apparente à la licorne ou au narval, animaux légendaires, et d’une deuxième petite corne torsadée au niveau du garrot. Le succès de la gravure de Dürer est tel, que ce « Rhinocérus » chimérique sert, jusqu’au XVIIIe s, d’illustration aux ouvrages de zoologie moderne.

Du modèle naturel au modèle artistique à la ménagerie de Versailles

C’est au XVIIe siècle, d’abord dans les Flandres, ensuite en France, lorsque sont appelés à la cour du roi à Versailles des artistes flamands, que se constitue un art animalier, dont la ménagerie de Louis XIV à Versailles fournit les sujets. Versailles est un domaine royal où les animaux sont omniprésents (chasse, ferme, animaux de compagnie, de ménagerie et de parc), auprès d’un roi « collectionneur de beautés animales »[5].Commandée par Louis XIV à Louis le Vau, 1er architecte de Versailles, qui la construit entre 1662 (donc avant même la construction du nouveau château royal) et 1668, au bout du grand canal : des animaux exotiques, rares, curieux habitent ce lieu de représentation. Ménagerie achevée en 1668-69, comme le pendant pacifique du « sérail de bêtes féroces », aménagé dans le parc du Château de Vincennes, et construit par Mazarin dès 1654. 
A Versailles, une scénographie originale de panoptique et mise en ordre de la nature, comme pour le jardin, procure une vue d’ensemble sur les enclos des animaux : 

Vue et perspective du salon de la ménagerie de Versailles, Pierre Aveline (?), XVIIe s (Paris, BNF)



Une fois passé le château un édifice central octogonal, comportant un rez-de-chaussée aménagé en grotte avec jets d’eau, et au 1er étage un grand salon comportant 7 portes-fenêtres sur balcon continu qui permet de regarder les animaux sans danger, entouré de 7 enclos fermés de grilles de fer, au sol d’herbe ou de sable. (voir Pierre Aveline, Vue et perspective du salon de la ménagerie de Versailles, XVIIe s, Paris, BNF et voir restitution sur le site du château de Versailles). Lieu de divertissement, de splendeur et d’ostentation depuis lequel on peut s’émerveiller de la beauté animale. Ces cours portent le nom des espèces majoritaires dans l’enclos, animaux civilisés et ordonnés : par ex quartier des belles cigognes. Un lieu depuis lequel embrasser tous les animaux d’un seul regard : idée neuve en Europe. La récente exposition Les animaux du roi [6] a montré que la ménagerie de Versailles, conçue à la manière d’une cour, selon le modèle d’un univers pacifié et maîtrisé (« un processus de civilisation »), auquel s’opposent le monde de la Fable, peuplé de sculptures de plomb dans le bosquet du Labyrinthe (représentant des bêtes vicieuses et belliqueuses ex). Des comportements animaux opposés auxquels on prête désormais attention. 
Ainsi la ménagerie contribue à l’émergence d’une nouvelle sensibilité, en réaction à l’idée cartésienne de l’animal-machine que l’observation directe des animaux contredit. 


A gauche Pieter Boel, Grue à aigrette, huile sur toile, 3e quart XVIIe (Paris Musée du Louvre). A droite : Manufacture des Gobelins, Tapisseries des mois et des Maisons royales (12 pièces), château de Mariemont, mois d’août 


Importance du travail sur le vif à proximité des animaux pour capter les attitudes et les caractéristiques. Les beaux oiseaux occupent une place majeure (à l’imitation de la ménagerie de l’archiduc Albert à Bruxelles peinte par Brueghel), par exemple le casoar (arrivé à Versailles en 1664) – Pieter Boel, étude d’un casoar et d’une corneille blanche blanc, ou encore de grands oiseaux aquatiques, Pieter Boel, Grue à aigrette, ennoblie par sa couronne. Boel reconnaissable à ses aplats de couleur ocre-rouge pour montrer les spécificités anatomiques des animaux et les faire ressortir du fond ; possibilité de créer des effets de lumière à l’aide de la couleur. Ces peintres doivent constituer un répertoire de formes et de caractères destinées aux artistes de la manufacture royale des Gobelins. Des cartons pour les Tapisseries des mois et des Maisons royales (12 pièces), château de Mariemont, mois d’août :  aigrette, faisan et porc-épic évoluent en liberté au premier plan, au service de la gloire du roi et du plaisir des spectateurs. 
Mais l’artiste profite toujours de la nature pour développer un programme artistique original. L’animal est à la fois l’objet et le prétexte de l’art. 
L’exemple le plus fameux est le premier peintre du roi, Charles Le Brun, qui fournit les modèles de composition de ces tapisseries et en dirige l’exécution aux Gobelins, poursuit une œuvre plus étonnante encore pour nous, en puisant dans ce corpus d’images animalières disponibles. XVIIe s : est le moment où la physiognomonie (en fait un faux-savoir, reposant sur la croyance en la relation analogique du psychisme et de la physionomie qui a débuté à la Renaissance) entre dans le domaine artistique. 


À gauche :Pieter Boel, études d’ours. A droite : Charles le Brun, Huit yeux d’ours, trois têtes d’ours et deux têtes d’hommes leur ressemblant (Paris, Musée du Louvre)


Les études de Tête d’ours de Pieter Boel – des études tout à fait naturalistes — fournissent des modèles d’interprétation des passions humaines reposant sur l’analogie de l’homme et de l’animal, selon le présupposé d’une analogie entre les caractéristiques physiques et psychologiques des individus. L’ours est l’animal déchu auquel on fait une réputation de paresse. L’étrange homme à tête d’ours représente le naturel nonchalant. Et donc on bascule de la représentation naturaliste de l’animal au fantasme – pris très au sérieux — d’un être hybride, mi-homme mi-animal, type de la paresse. 

Mais la ménagerie de Versailles n’intéresse plus après la mort de Louis XIV : elle a produit tous ses effets politiques et artistiques. Et la Révolution finit par chasser les derniers « animaux » occupant le palais : un satiriste traduit la chute de la monarchie en animalisant les corps royaux et signe sa désacralisation par l’analogie zoologique : Les animaux rares ou la translation de la ménagerie royale au Temple (vers 1792,gravure à l’eau-forte et aquatinte, Paris, Musée Carnavalet[7]) qui suffit à dire la bestialité de Louis XVI en dindon gras -un animal castré- la voracité de Marie-Antoinette en louve et les enfants en louveteaux. 

Les animaux rares, La translation de la ménagerie royale au Temple, vers 1792, gravure à l’eau-forte et aquatinte (Paris, Musée Carnavalet )

Conclusion

Pour conclure en revenant à nos deux artistes rugissant Barye et Delacroix, ils partagent tous deux l’attrait pour la représentation de la cruauté et de la violence. En fait, l’animal identifié à cette férocité est le prétexte pour traduire l’animalité humaine et projeter sur l’animal la violence et les passions humaines. 
Barye qu’on surnomme le « Michel-Ange de la ménagerie » est accusé par les membres de l’Institut après son triomphe de 1833 avec un plâtre représentant la lutte entre un lion et un serpent d’avoir pris « le jardin des Tuileries pour une ménagerie ». 
Dans cette histoire de l’art au prisme des ménageries, deux dimensions pour nous frappent par leur absence. D’une part la dissimulation de l’encagement de l’animal qui constitue la réalité de la ménagerie. D’autre part l’absence d’inversion des points de vue où l’animal regarde l’homme et l’artiste qui l’observent, ou alors seulement, du moins au XVIII et au XIXe siècles, à travers les arts mineurs. 

A gauche : Honoré Daumier, O qu’ils sont laids, Les orangs-outans, 1836, lithographie colorée à la main A droite : Jean-Jacques Grandville, vignette, pour Scènes de la vie privée et publique des animaux, étude de mœurs contemporaines, 1840-1842, avec la collaboration d’écrivains (dont Balzac).

En revanche, c’est la considération éthique qui prendra le pas dans l’art contemporain pour interroger la recentrer autrement l’art sur l’animal.


A gauche : Otto Dill, Tiger im Käfig, v. 1928, Munich. A droite : Gilles Aillaud, Lions en cage, 1972.

[1] Cité notamment par Thierry Laugée, https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01075675/document
E. Delacroix, Lettre à Antoine-Louis Barye, Correspondance générale, I, p. 225. Th. Laugée souligne qu’on ne connaît aucun dessin de l’un ou de l’autre artiste qui renvoie à ce lion en particulier. La lettre célèbre est conservée dans le fonds d’archives Barye, récemment acquises par l’INHA. Une autre datation de ce billet pourrait être 1829 ou 1837, moment ou d’autres lions, dessinés par Delacroix, sont morts à la ménagerie.
[2] « Mais d’après quel plâtre Puget a-t-il sculpté le lion dévorant qui déchire les muscles de Milon de Crotone ? Artistes, poètes, écrivains, si vous copiez toujours, on ne vous copiera jamais. Voulez-vous être originaux, et fixer l’admiration de la postérité sur vos ouvrages ? N’en cherchez les modèles que dans la nature. »
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k96690778/f22.item.texteImage
Bernardin de Saint Pierre, Mémoire sur la nécessité de joindre une ménagerie au Jardin National des Plantes de Paris, p. 14
[3] Les animaux y sont assez immobiles pour être dessinés puisque ce sont des animaux tenus enfermés dans un espace exigu. On ouvre d’abord une ménagerie provisoire de 58 animaux (mammifères et oiseaux[3]), puis on la transforme en ménagerie pérenne en 1804.
[4] Daniel Arasse, Le détail, pour une histoire rapprochée de la peinture, Paris, Champs-Flammarion, p. 129.
[5] Catal. Les animaux du roi, dir. N. Milovanovic et A.Maral , p. 13.
[6] Château de Versailles, oct 2021- février 2022- commissariat N. Milovanovic et A.Maral.
[7] Citée dans Hommeanimal, Laurent Baridon, Martial Guédron, « L’homme au miroir de l’animal », p. 26, catalogue d’exposition, Musées de Strasbourg, Adam Biro, 2004

Les objet sont-ils objectifs ? Sever Martinot-Lagarde. 5-12-22

Podcast : https://audioblog.arteradio.com/blog/192901/podcast/194696/les-objets-sont-ils-objectifs-sever-martinot-lagarde-05-12-2022

Introduction

Avant d’en venir au sujet de cette conférence, c’est-à-dire le rôles des objets dans la dramaturgie, je ferai un petit détour par la philosophie médiévale et la question du langage. Au début du XIVe s, le philosophe franciscain Guillaume d’Ockham soutient la thèse, que nous appelons « nominaliste », selon laquelle les concepts abstraits universaux, tels que « humanité », « beauté », « justice » ne sont que des termes conventionnels qui ne renvoient à aucune entité réelle. Si « mourir » est un événement bien attesté dans la vie humaine, « la mort », en soi, n’existe pas. Ce n’est qu’un mot. Autrement dit, le langage, en formant des noms pour désigner des idées abstraites, nous trompe en nous faisant imaginer des êtres purement illusoires. Parler de la mort nous conduit à nous représenter une chose terrifiante, qui prend par exemple la forme d’un squelette malveillant, armé d’une grande faux. Le langage donc nous trompe et nous fait croire en des chimères. Le langage est source d’illusion. D’une certaine manière les mots sont comme des billets de banques dont la valeur, théoriquement, devrait renvoyer à une somme équivalente en lingots d’or conservée dans les coffre de la banque centrale. Or, de même qu’il est très facile de faire tourner la planche à billets et de produire des bouts de papier qui ne renvoient à aucune espèce sonnante et trébuchante. Le langage produit également une inflation de mots, qui peuvent être détachés de toute référant réel. Certains mots donc, sont de la fausse monnaie.
Pour élargir cette question de la validité du langage, on voit bien que le problème est qu’il permet de dire ce qui n’est pas comme si cela était, de faire exister dans notre esprit des choses qui n’existent pas dans la réalité. Pour le dire plus simplement, le langage peut-être la source de deux formes d’illusion: l’erreur, si l’illusion est involontaire ; ou le mensonge, si l’illusion est créée intentionnellement.
Au XVIIIe s, un savant imaginaire, rencontré par Gulliver lors de sa visite de l’Académie de Lagado , propose une solution radicale pour remédier à ce problème : il suffit de supprimer le langage et de s’exprimer en montrant les choses elles-mêmes que l’on sortirait de sa proche ou d’un grand sac à dos :
« L’autre allait plus loin, et proposait une manière d’abolir tous les mots, en sorte qu’on raisonnerait sans parler ; ce qui serait très-favorable à la poitrine, parce qu’il est clair qu’à force de parler les poumons s’usent et la santé s’altère. L’expédient qu’il trouvait était de porter sur soi toutes les choses dont on voudrait s’entretenir. Ce nouveau système, dit-on, aurait été suivi, si les femmes ne s’y fussent opposées. Plusieurs esprits supérieurs de cette académie ne laissaient pas néanmoins de se conformer à cette manière d’exprimer les choses par les choses mêmes, ce qui n’était embarrassant pour eux /, que lorsqu’ils avaient à parler de plusieurs sujets différents ; alors il fallait apporter sur leur dos des fardeaux énormes, à moins qu’ils n’eussent un ou deux valets bien forts pour s’épargner cette peine : ils prétendaient que, si ce système avait lieu, toutes les nations pourraient facilement s’entendre (ce qui serait d’une grande commodité), et qu’on ne perdrait plus le temps à apprendre des langues étrangères. » (Jonathan Swift, Les Voyages de Gulliver, « Voyage à Laputa, aux Balnibarbes etc. », chapitre V, visite de l’Académie de Lagado)
Certes la méthode est un peu encombrante, car il est peu commode de sortir une baleine de sa poche pour parler de baleine mais elle a l’avantage de supprimer l’erreur et le mensonge. « Les choses ne mentent pas » pourrait-on dire, en pastichant Philippe Pétain.
Il se trouve que cette question du rapport entre les mots et les choses est au cœur de la théâtralité, puisque le théâtre, comme chacun sait, met en scène des mots, mais aussi des acteurs en chair et en os qui évoluent sur la scène en manipulant des objets. Comment donc le théâtre pense-t-il le rapport des mots et des choses ?

I- L’illusion des mots, le poids des objets

Il semble d’abord que le théâtre a toujours donné raison, par avance, aux académiciens de Lagado. Le théâtre n’a eu de cesse de démontrer la facticité des mots : comme le dit Hamlet : « Words, words, words ». Dans La Nuit des Rois (acte III, sc 1) de Shakespeare, le bouffon Feste déclare qu’il n’est pas le fou de Lady Olivia, mais son « corrupteur de mots » car dit-il « une phrase n’est qu’un gant de chevreau pour un esprit agile », un gant que l’on peut retourner sens dessus dessous. Dans L’Illusion comique de Corneille (II, 3), Isabelle réplique à un amoureux éconduit qui la pourchasse de ses serments d’amours plaintifs et de s es reproches :
« Nous donnons bien souvent de divers noms aux choses,
Des épines pour moi vous les nommez des roses,
Ce que vous appelez service, affection
Je l’appelle supplice et persécution. »
Si au départ ces vers d’Isabelle ne semblent désigner que la diversité des points de vue, très vite, Adraste, s’entêtant à déclarer qu’Isabelle ne peut qu’être flattée de ses avances, corrompt sciemment le langage en lui faisant dire le contraire de la vérité : il nomme volontairement « roses » ce qu’il sait n’être qu’« épines ».
Le théâtre souvent illustre cette tromperie des mots. L’erreur peut être involontaire, comme dans le cas du quiproquo où un même mot est compris de façon radicalement différente par les personnages qui croient pourtant parler de la même chose. Le procédé est connu, mais je ne résiste pas à l’envie vous montrer un passage célèbre de L’Ecole des femmes, où vous reconnaîtrez une célèbre actrice à ses débuts : Isabelle Adjani face à Bernard Blier dans L’Ecole des femmes, film de Raymond Rouleau, https://www.cyrano.education/content/lecole-des-femmes-42994, de 31.43 à 32.26.
Les mots sont aussi le véhicule du mensonge le plus élémentaire : dans l’Electre de Sophocle, le Pédagogue trompe Clytemnestre et tout le palais de Mycènes en racontant la mort d’Oreste, avec beaucoup de détails réalistes qui donnent l’apparence de la vérité à son récit, alors que tout y est faux.
Le cas du langage à double entente illustre de façon plus subtile la corruption des mots : toujours dans Electre, lors de la scène finale, le cadavre de Clytemnestre assassinée est exposé devant tous, mais voilé. Egisthe s’approche du corps qu’il croit être celui d’Oreste et il interroge brutalement Electre. Celle-si répond alors à l’amant de sa mère de façon apparemment soumise mais ironiquement tragique, puisqu’elle lui annonce à mots couverts qu’il va bientôt être assassiné à son tour. Projection d’Electre, mise en scène d’Antoine Vitez, réalisation Hugo Santiago, 1986, DVD Trois fois Electre, La Maison d’à côté, Imec, INA Editions, de 1.33.21 à 1.33.41 :
Egisthe : Qui de vous sait où se trouvent ces étrangers de Phocide qui sont venus annoncer qu’Oreste est mort dans un accident de char ? Réponds-moi. Oui, toi qui faisais l’effrontée autrefois. J’imagine que la chose t’intéresse, que tu sais cela.
Electre : Oui, je sais tout. Comment faire autrement ? C’est ce que j’ai de plus cher au monde.
Egisthe : Eh bien où sont-ils ces étrangers, enseigne-moi ?
Electre : Dans la maison, ils ont été reçus en amis.
Egisthe : Ils ont vraiment annoncé la mort d’Oreste ?
Electre :  Non, ils l’ont prouvée, autrement que par des mots.
Egisthe : Alors je peux en être sûr ?
Electre : Tu peux même voir, mais c’est un pénible spectacle.
(Sophocle, Electre, exodos, traduction d’Antoine Vitez)
De façon plus perverse encore, Iago trompe Othello en ne lui disant que la plus stricte vérité :
« Oh prenez garde monseigneur, à la jalousie ! C’est le monstre aux yeux verts qui produit l’aliment dont il se nourrit ! Ce cocu vit en joie qui, certain de son sort, n’aime pas celle qui le trompe ; mais, oh ! Quelles damnées minutes il compte, celui qui raffole, mais doute, celui qui soupçonne, mais aime éperdument ! » (traduction François-Victor Hugo)
C’est en effet en lui peignant les effets néfastes et bien réels de la jalousie que Iago distille dans l’esprit d’Othello l’idée que Desdémone pourrait lui être infidèle. Il le rend jaloux en le mettant en garde contre la jalousie !
On voit donc bien que le langage est source d’illusion, qu’il s’agisse d’erreur involontaire ou de tromperie caractérisée. Le langage au théâtre se trouve donc souvent décrédibilisé. Ainsi, dans la comédie de Corneille, Le Menteur, le héros est un mythomane qui s’enferre tellement dans ses mensonges, qu’à la fin plus personne ne veut le croire, même quand il dit la vérité.
La solution passera donc par les objets, dont la  matérialité apporte une preuve concrète et  un témoignage irréfutable de la vérité. Ainsi dans la scène de reconnaissance, théorisée par Aristote,  il faut le plus souvent recourir à un objet pour mettre fin à l’illusion. Dans Electre, toujours, lorsqu’Oreste révèle sa vraie identité à sa sœur,  il doit exhiber sous ses yeux le sceau d’Agamemnon pour qu’elle accepte enfin de le croire : « Regarde cette bague de notre père, et tu sauras si je dis vrai ». C’est la première d’une longue série d’interjections (« oh ! mais c’est la croix de ma mère ! ») qui permettront de mettre fin commodément aux intrigues les plus complexes, des comédies de Molière jusqu’aux meilleurs mélodrames du XIXe s. « Hélas ! À voir ce bracelet, c’est ma fille que je perdis à l’âge que vous dites », s’écrie Argante reconnaissant Zerbinette pour sa fille à la fin des Fourberies de Scapin.

II- Les objets nous trompent

Pourtant les objets eux-aussi peuvent être trompeurs. Tout comme les mots, les objets sont d’abord source d’erreur involontaire et de quiproquo : dans la tragique histoire de Pyrame et Thisbé, que Shakespeare met en scène de façon parodique dans Le Songe d’une nuit d’été, les deux amants séparés par l’hostilité de leurs familles s’enfuient de chez eux et se donnent rendez-vous dans une clairière. Thisbé arrive en premier, mais se retrouve nez à nez avec un lion. Dans sa fuite elle laisse tomber son écharpe que le lion déchiquette à belles dents avant de quitter la place. A son arrivée, Pyrame trouve l’écharpe déchirée. Il imagine aussitôt Thisbé morte et il se suicide. Lorsque Thisbé revient sur ses pas, il ne lui reste plus qu’à se se suicider à son tour. Dans Roméo et Juliette, l’écharpe est remplacée par un somnifère qui donne à Juliette l’apparence de la mort, et par une lettre qui devait prévenir Roméo et qui arrive trop tard.
Les objets peuvent aussi mentir sciemment ou être manipulés : c’est ainsi que le Pédagogue et Oreste, dans Electre, appuient le récit mensonger de la mort d’Oreste en produisant une urne funéraire censée contenir les cendres du fils d’Agamemnon. De même Iago apporte à Othello la preuve ultime, mais trompeuse, de l’infidélité de Desdémone, en dérobant à cette dernière un mouchoir qui se retrouve comme par hasard entre les mains de Cassio. Bref, si Electre avait été baroque, elle se serait méfiée du sceau d’Agamemnon brandi par Oreste : si une urne pouvait lui mentir, pourquoi une bague serait-elle moins douteuse ?
Les objets ne mentent pas, disions-nous ? C’est donc une illusion dont nous devons nous débarrasser. Leur matérialité est trompeuse, et leur prétendue objectivité dissimule mal le fait que les objets sont profondément subjectifs.

III Les objets sont subjectifs

Dans une conférence intitulée « Sémantique de l’objet » (1964), Roland Barthes explique qu’ « il y a toujours un sens qui déborde l’usage de l’objet ». En effet la signification d’une Rolex ne se limite pas à son usage qui est de donner l’heure. La Rolex est surtout un signe qui sert à transmettre un message : c’est un moyen pour son possesseur d’affirmer sa richesse et sa réussite sociale. De même au théâtre, il y a toujours de l’humain qui déborde de l’objet.
Les objets au théâtre caractérisent leur possesseur, mieux qu’une longue description romanesque ne pourrait le faire. Ainsi dans Mademoiselle Julie de Strindberg, le fait que le valet Jean ne boive que du vin de Bourgogne, nous renseigne sur ses prétentions à l’élévation sociale, tandis que le fait que l’aristocrate Julie déclare préférer la bière, nous renseigne sur son désir de « faire peuple » et sa fascination trouble pour la déchéance sociale. Plus spectaculaire encore, au dénouement de la pièce, Jean prévoit de s’enfuir en enlevant Julie, avec qui il a couché ; mais il suffit d’un coup de sonnette et de la vue des bottes de Monsieur, le père de Julie, pour que le valet soit renvoyé à sa condition d’esclave et se retrouve soudain paralysé. L’objet métonymique (les bottes) s’est substitué au personnage absent: Monsieur.
On pense ici au tableau de Van Gogh représentant une paire de chaussures. Ces chaussures ont fait couler beaucoup d’encre philosophique depuis Heidegger jusqu’à Derrida,  mais  toutes ces interprétations pointent le fait que le pathétique soulevé par la peinture vient de ce qu’elles nous font imaginer de la vie du possesseur de ces chaussures, à la fois absent du tableau et omniprésent.
De la même façon dans Les Paravents de Jean Genet, le colon Sir Harold surveille ses ouvriers algériens dans un champ. Toutefois pour continuer à exercer la terreur sur ses ouvriers et s’épargner la peine de les surveiller, il lui suffit de la présence de son gant :
« Habib : Vous partez déjà, Sir Harold ?
Voix de Sir Harold, de la coulisse : Pas tout à fait. Mon gant vous gardera.
Un merveilleux gant de pécari jaune arrive, jeté de la coulisse. Il reste comme suspendu dans l’air, au milieu de la scène. 
Quoi de mieux que les bottes du maître ou son gant, symboles de la sa puissance et de sa violence, pour dire l’aliénation de l’esclave.
De même dans Les Bonnes de Jean Genet, Solange et Claire n’ont besoin que des robes de Madame, d’une sonnette et d’un gant de cuisine, pour se livrer avec délice et terreur aux jeux sadomasochistes de la domination et de la soumission, de l’orgueil et de l’humiliation. Il y a toujours de l’humain qui déborde de l’objet, particulièrement parce que les objets sont des surfaces sur lesquels nous projetons nos angoisses :
« Claire : Tu sais ce que je veux dire. Tu sais bien que les objets nous abandonnent.
Solange : Les objets ne s’occupent pas de nous.
Claire : Ils ne font que cela. Ils nous trahissent. Et il faut que nous soyons de bien grands coupables pour qu’ils nous accusent avec un tel acharnement. »

Conclusion qui n’en finit pas

Il semble donc que nous ayons à conclure tragiquement que tout nous trompe, tout nous ment, tout nous angoisse… Les objets ne sont pas plus objectifs, ni plus certains, que les paroles et nous devons adopter la leçon du scepticisme selon laquelle l’homme ne peut probablement pas atteindre la vérité. Il ne nous reste plus qu’à accepter le doute universel, notre incapacité à démêler le vrai du faux, et dire avec Montaigne : « Que sais-je ? », avec Calderón que « la vie est un songe », ou avec Shakespeare que le monde entier n’est qu’une scène de théâtre.
Toutefois, pour terminer sur une petite note d’espoir, ne pourrait-on penser que la vérité peut surgir, même du fond de la tromperie et de l’illusion ?
Dans Les Fausses confidences (1637), Marivaux renouvelle brillamment cette dialectique de l’illusion et de la vérité. Dans cette pièce, le valet Dubois manipule la riche veuve Araminte pour qu’elle tombe amoureuse de Dorante. Dorante, qui était auparavant le maître de Dubois, est un jeune homme de bonne famille ruiné. Il entre au service d’Araminte, dont il est amoureux, en qualité d’intendant pour se rapprocher d’elle. En vérité, Dubois n’a pas grand chose à faire pour qu’Araminte tombe amoureuse de Dorante, car dès le premier coup d’œil, Araminte est charmée par son nouvel intendant. Pourtant les machinations de Dubois sont nécessaires, car Araminte ne peut se permettre d’être amoureuse de son employé. Les conventions sociales de l’époque empêchent une telle transgression des barrières de classe. Il faudra donc beaucoup de ruse à Dubois pour obliger Araminte à cesser de se mentir à elle-même et accepter qu’elle aime Dorante. En digne héritier de Iago, Dubois manipule Araminte en ne lui disant que la vérité. Dès le départ, il lui annonce que son nouvel intendant est amoureux d’elle et il lui rappelle qu’elle se doit de le renvoyer sur le champ. Les « confidences » de la pièce ne sont donc pas « fausses » et trompeuses dans leur contenu, mais dans leurs intentions.
Araminte trouve toujours des prétextes pour garder son bel employé, et il faut donc que Dubois mette en place de subtiles machinations afin de rendre public l’amour de Dorante pour Araminte et forcer Araminte à voir clair en elle-même. C’est en effet le regard que les autres portent sur elle qui lui offre le miroir révélateur dont elle a besoin. Car c’est en se disant que les autres risquent de penser qu’elle est amoureuse, qu’elle prend conscience qu’en effet, elle est amoureuse :
« Araminte à Dorante: Vous donner mon portrait ! Songez que ce serait avouer que je vous aime !
Dorante : Que vous m’aimez, Madame ! Quelle idée ! Qui pourrait se l’imaginer ?
Araminte, d’un ton vif et naif : Et voilà pourtant ce qui m’arrive. »
Pour manipuler Araminte, Dubois a recours à deux objets : un portrait et une lettre prétendument écrite par Dorante et en réalité forgée de toutes pièces. Ces deux objets tombent comme par hasard entre les mains de qui il ne faut pas (des gens indiscrets qui en font grand bruit). Donc apparemment ils sont manipulés maladroitement, mais en réalité ils ont été manipulés avec beaucoup d’adresse puisqu’ils arrivent précisément entre les mains de ceux que visaient Dubois, tout en ayant l’air d’y être arrivé par un malencontreux hasard. Ces objets révèlent donc à toute la maisonnée l’amour de l’intendant pour sa maîtresse et la complaisance de cette dernière, qui se décide enfin à l’épouser.
J’avais commencé cet exposé par une digression philosophique, je conclurai  par trois équations  mathématiques :
Nous avons vu que dans la tradition théâtrale :

un vrai objet + manipulé de façon maladroite = illusion
(par ex. la lettre de Juliette qui arrive trop tard)

ou un vrai objet + manipulé avec des intentions trompeuses = illusion
(par ex le mouchoir de Desdémone.

Chez Marivaux
un faux objet + manipulé avec des intentions trompeuses = vérité
(c’est la fausse lettre de Dorante)

Donc, du fond même du mensonge et de la subjectivité des objets, peut surgir la vérité la plus objective! Ce qui sépare Marivaux de Shakespeare, c’est bien sûr Descartes, c’est-à-dire la confiance retrouvée dans les pouvoirs de la raison pour nous permettre d’atteindre la vérité, mais aussi l’idée que la certitude doit surgir du fond même du doute systématique et de la prise de conscience de nos illusions.

Sur la Chapelle des Mages du palais de Cosme l’Ancien de Médicis, à Florence. 22.11-22

Sur la Chapelle des Mages du palais de Cosme l’Ancien de Médicis, à Florence.
Philippe Ruiz

Podcast : https://audioblog.arteradio.com/blog/192901/podcast/194120/une-peinture-a-cles-dans-la-florence-du-quattrocento-philippe-ruiz-24-11-2022



Entre 1449 et 1459 (dates communément admises), le peintre Benozzo Gozzoli réalise pour le maître de Florence, Cosimo dei Medici, un programme iconographique peint à fresque sur les murs de la chapelle familiale du palais tout juste sorti de terre.
Nous savons qu’en 1459, très fier du résultat, Cosimo fait les honneurs de sa chapelle toute neuve au jeune Galeazzo Maria Sforza, fils du seigneur de Milan, ainsi qu’au pape Pie II, un Siennois humaniste érudit ; la crème de l‘élite de cette Italie du second XVe siècle.
Le thème de ce décor peint à même les murs : le cortège des Mages venus adorer l’Enfant Jésus, dont la nativité est représentée sur un retable de Filippo Lippi (ou plus certainement une copie). Cette œuvre de Lippi suffirait à faire de la chapelle un endroit exceptionnel, mais on en vient presque à l’oublier tant l’oeil est attiré par le chatoiement des étoffes précieuses, l’abondance des personnages, le pittoresque des animaux, des végétaux, des paysages, en une explosion de couleurs contenues dans des formes délicates.
Le style de Gozzoli n’est pourtant pas spécialement novateur (on parle à son sujet de « gothique international », ce qui devrait le faire disparaître derrière la force d’innovation, la douce sensualité, la maîtrise de l’espace de Lippi).
Et il n’en demeure pas moins que son Cortège des Mages happe le regard, fascine, ravit les millions de visiteurs qui passent par ce tout petit oratoire et qui mettent bien tout le reste du parcours dans le palais à encaisser cette overdose de couleurs, de beau seigneurs chamarrés, d’animaux rares et magnifiques, d’expressions énigmatiques.
On perçoit confusément qu’il y a tant à comprendre dans ces quelques mètres carrés, qu’on a forcément « manqué » quelque chose. L’invitation à aller plus ultra, comme l’Ulysse de Dante, est évidente, encore faut-il savoir quel chemin emprunter.
Essayons d’en éclairer quelques jalons.
Gozzoli accomplit tout d’abord une narration picturale facilement accessible à tout Occidental du XVe siècle. L’épisode de l’adoration des Mages, au début des évangiles synoptiques, est très connu de tous les fidèles, les moins dégrossis compris. Et il n’y a rien d’extraordinaire dans l’iconographie retenue par le peintre : les mages sont de grands seigneurs, des « rois », leur cortège est surabondant, les présents sont somptueux, les animaux souvent exotiques. Entre les affres de la recherche d’un coin d’étable où accoucher et l’horreur de la fuite en Egypte et du massacre des Innocents, un moment de rêve. Gozzoli y ajoute, un peu cuistre, quelques grands classiques de cette peinture gothique de la fin du moyen-âge : trois Mages pour représenter les trois âges de la vie, une nature qui illustre les quatre saisons, une faune qui vient des trois parties du monde (Europe, Asie, Afrique). Cela, tout un chacun peut le percevoir avec la culture commune des Occidentaux de ce temps. C’est déjà un peu dense, mais tout le monde suit.
Il faut être un Florentin du Quattrocento pour saisir un autre niveau de narration. En 1439, une récurrence de la peste oblige les évêques italiens, les légats du Pape et les membres de la délégation byzantine, parmi lesquels l’empereur lui-même et le patriarche de Constantinople, à quitter Ferrare, dans la plaine du Pô. Ce concile avait pour but de refaire l’union entre Grecs et Latins devant la menace d’une imminente conquête de la seconde Rome par les Turcs ottomans. Le pape parvient à négocier la promesse d’une croisade de secours contre la réunification des Eglises.
Fuyant Ferrare, les pères conciliaires acceptent l’hospitalité que Cosimo, maître de la ville depuis 1434, s’est empressé de leur offrir. C’est pour lui une heure de gloire, la consécration de sa réussite personnelle comme la validation de ses talents de diplomate. Il rend un énorme service au pape (dont il est aussi le banquier…), à la chrétienté, à l’humanité. Ce concile est un moment important de notre histoire culturelle, mettant en contact rapproché et durable intellectuels grecs et humanistes italiens ; mais quant à son objet initial, c’est un échec. Les Constantinopolitains n’acceptent pas la tutelle romaine induite par les canons du concile ; Le sac de leur ville par les Vénitiens en 1204 ne passe toujours pas… Ce que Cosimo veut retenir de l’évènement, c’est le luxe du cortège, le déploiement de faste déployé par l’ambassade byzantine (inversement proportionnel aux réels moyens de ces Byzantins au bord de l’abîme). Et c’est bien cela que rend Gozzoli : le Basileus Jean (l’homme mûr sur un étalon noir), le patriarche Joseph (le vieillard sur une mûle) et leur suite. Un moment de l’histoire récente de Florence, qui se superpose à l’Histoire Sainte originelle. L’orgueil urbain des Florentins s’en trouve grandement flatté.
Reste que le dernier Mage ne colle pas vraiment avec la composition de l’ambassade grecque. Les Florentins qui fréquentent quelque peu le cercle du pouvoir médicéen sont, eux, capables de dire qui est ce beau jeune homme. Cosimo a deux petits-fils, Laurent (futur maître de la ville, poète licencieux, mécène fastueux) et Julien, assassiné quelques années plus tard lors de la conjuration des Pazzi. Julien est aussi beau et blond que Laurent est brun et laid. Et s’il est à la place du dernier mage, c’est parce qu’il permet à Gozzoli de superposer un troisième récit aux deux premiers. Les choses se compliquent quelque peu.
Derrière le dernier Mage, un peu jeune pour l’histoire, se trouve une foule de personnages, massés en une cavalcade compacte, sur au moins quatre rangs. Et les Florentins de l’élite (ou les membres de la famille, laquais et soubrettes compris) mettent facilement un nom sur tous ces visages. Cosimo lui-même, sur un âne roussin, et dont la position des mains constitue une manière de coming out. A cette époque, la profession de banquier n’a pas bonne réputation, et l’argent salit ceux qui le manipulent. Il est très délicat de montrer trop ostensiblement sa richesse, sauf à être de sang royal ou princier. Et cette mesure dans l’expression de la réussite se retrouve jusque dans l’austère majesté du palais que Cosimo fait édifier par Michelozzo di Bartolomeo. Majestueux mais sobre ; la puissance sans le luxe. C’est le code des parvenus de ce temps : pas de bling bling.
Dans la chapelle en revanche on peut se lâcher ; c’est, avec le studiolo du maître, le lieu le plus intime du palais. Le cercle de famille y a sa place, on est entre soi. C’est ici que Cosimo peut se faire représenter comme un manieur d’argent : en train de compter… avec ses doigts. C’est obscène, mais c’est la réalité que connaissent tous les Medici.
Et c’est aussi dans la foule des familiers qui se presse derrière lui qu’on aperçoit un visage juvénile, au regard pourtant acéré, et qui accroche l’oeil du visiteur. Gozzoli signe deux fois son œuvre ; par l’auto-portrait de trois-quart, tourné vers l’extérieur, auquel vont nous habituer nombre de peintres de l’âge moderne (mais ici c’est peut-être une première). Et par ce flamboyant bonnet écarlate, à la base duquel, pour que tous comprennent, il a écrit ; OPUS BENOTII (c’est Benozzo qui l’a fait). Le lien entre le commanditaire de l’oeuvre et l’artiste est très explicitement mis en scène. On connaît des peintures religieuses où celui qui paie le tableau se fait représenter en prière aux pieds de la Vierge ou de la Croix. L’inclusion de toute la famille Medici dans le cortège, ainsi que la représentation du lien entre l’artiste et son mécène, cela est en revanche très nouveau. Et dit beaucoup d’une relation qui devient classique et décisive dans la production artistique de la Renaissance européenne.
Chiara Frugoni, qui par un hasard presque miraculeux avait accompagné le groupe de mes étudiants lors de ma première visite à la Chapelle des Mages nous avait dit avant de nous faire entrer : « il faut voir ces fresques avec l’oeil d’un enfant, et les comprendre avec la tête d’un Machiavel. »


Bibliographie :

– Richard Turner, La Renaissance à Florence, Flammarion, Paris, 1997.
– Cristina Acidini Luchinat (dir.), Benozzo Gozzoli. La Capella dei Magi, Electa, Milano, 1993.