Jean-Pierre Colignon — 4 décembre 2017 « 14-18 : les mots des Poilus »

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Dans le cadre des Rencontres des Bibliothèques de l’université et du Cycle de conférences : « la Grande Guerre en toutes lettres »

 

Conférence-rencontre Mardi 5 décembre 2017
Salle de conférence
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Jean-Pierre COLIGNON
lexicographe, ancien directeur
du service de correction du Monde
Exercices lexicographiques et réflexions sur l’étymologie


 

Résumé de la conférence de Jean-Pierre Colignon : « Le mots des Poilus »

Pauline Père

Introduction : La Première Guerre Mondiale représente un bouleversement dans la langue, bouleversement qui est unificateur. Le conflit de position s’allongeant, les langues se mêlent et donnent naissance à une forme de métissage. L’argot fleurit parmi les nouveautés matérielles et immatérielles et aboutit à une technicisation, une harmonisation du langage. C’est ainsi que ce bouillonnement linguistique produisit la «parlure des tranchées ».

Les origines de quelques mots et expressions issues de 14-18 :

POILU :
-brave à 3 poils (courageux, lien avec les grades)
-pas de rasage (le rythme des offensives ne le permettant pas)
-« épilés » = personnes de l’arrière (peau de « porcelaine » = n’allaient pas au Feu)

BARAGOUINER :
-« pain » et « vin » en Breton -> réclamations des soldats bretons dans les tranchées
-incompréhension des parisiens face à ce langage, jugement de valeur par le mot « baragouiner »

CRAPOUILLEUX :
-canons qui tiraient par-dessus les tranchées
-canons « petits », « ramassés » -> référence au verbe « crapahuter » (déplacement accroupi en parallèle avec la démarche du crapaud)

BOBARD :
-utilisé d’un récit de soldat qui donne une vision partielle, subjective du combat
-à nuancer avec un « bouteillon » : orientation du propos (à rapprocher de la bêtise, des sornettes)
-le bobard est souvent involontaire et dû au traumatisme

BOCHE :
-vient de « bobosse » : truand, personne peu fréquentable
-« Al Boss » = « sale type » -> a donné naissance au dérivé « Boche »
-expression « Tête de pioche, Tête de boche » -> connotation de la bêtise (expression dépréciative)

TOMBER SUR UN BEC :
-« tomber sur une difficulté »
-référence au « bec de gaz » : policier de rue surveillant à côté d’un bec de gaz (métonymie)
-vocabulaire des brigands parisiens

PINARD :
-Le docteur Pinard avait conçu un traitement à base de vin : « Le Brutal »
-« solution » proposée contre le moral en baisse des troupes : rations importantes d’alcool produisit une grande vague d’alcoolisme suite à la guerre (dont on parle peu)

VIANDE BERGOUNIAN :
-viande consommée par les soldats
-métaphore du pneu par métonymie des camions (« autobus de la viande » -> anciens bus mobilisés pour acheminer la viande jusqu’au front)

Conclusion : les tranchées furent le lieu d’usage mais pas nécessaire de création d’une nouvelle « parlure ». Excepté la naissance d’un langage militaire particulier, nombreuses des expressions furent héritées de l’argot paysan et montmartrois, la bourgeoisie découvrant alors une panoplie linguistique radicalement nouvelle. Ce brassage des milieux sociaux est toutefois à relativiser. La Grande Illusion de Renoir porte un regard pessimiste sur cette fausse familiarité entre « prolo » et « noble » qu’il est nécessaire de considérer.
Notons que nombreux de ces mots furent progressivement oubliés tandis que d’autres perdurèrent, s’utilisant toujours dans la langue contemporaine, plutôt familière.



Présentation

par Marcel Marty

Correcteur d’imprimerie, d’édition, puis de presse, Jean-Pierre Colignon a dirigé pendant vingt ans le service de correction du quotidien Le Monde. Parallèlement, de 1985 à 2005, il a participé, aux côtés de Bernard Pivot, à l’aventure des « Dicos d’or », championnats de France d’orthographe, devenus ensuite championnat du monde d’orthographe, qui ont connu un immense succès, relayés par la radio et la télévision. En 1992, la manifestation a été accueillie au siège des Nations unies, à New York.
Jean-Pierre Colignon organise aussi des dictées publiques pour des villes, des associations caritatives, des Salons du livre, ou des Journées de la langue française. Aujourd’hui, il conçoit, organise et anime chaque année plus de 25 dictées publiques dans toute la France, de même que toutes les épreuves du Championnat d’orthographe et de langue française du Maroc, créé en 2005. Jean-Pierre Colignon a rédigé à ce jour plus de 350 dictées !
Jean-Pierre Colignon est aussi très sollicité comme formateur par les écoles de journalisme : Centre de formation et de perfectionnement des journalistes de Paris (CPJ-CFPJ), Institut français de presse (université Assas-Paris II), Ecole supérieure de journalisme de Lille (ESJ), Formacom (école de formation des correcteurs-réviseurs, secrétaires de rédaction), Centre d’écriture et de communication.
Jean-Pierre Colignon a été membre de trois commissions ministérielles de terminologie (ministère de la Culture et de la Communication, ministère des Affaires étrangères, ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie) et aussi du COSLA (Comité pour la simplification du langage administratif – Modernisation de l’Etat), tout en participant aux actions de la Délégation générale à la langue française et aux langues de France.
Administrateur de l’association « Défense de la langue française », Jean-Pierre Colignon est par ailleurs membre d’honneur de l’Académie de Bretagne et des Pays de la Loire.
Jean-Pierre Colignon a publié une cinquantaine de livres, la quasi-totalité traitant de la langue française. Parmi ces titres, on peut relever Donner sa langue au chat, et autres expressions félines (2016), Un point c’est tout : la ponctuation efficace (2011), Curiosités et énigmes de l’histoire de France (2008), Le français écorché (2012), La majuscule, c’est capital (2005), L’orthographe, c’est logique (2003), Etonnantes étymologies (2004).


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Discours d’accueil pour Jean-Pierre Colignon

Carole Catifait     

Jean-Pierre Colignon, oserais-je rappeler, avec Francis Ponge, qu’entre la cage et le cachot, il y a le cageot ? Oserais-je imaginer que, dans un dictionnaire qui mêlerait les hommes et les choses, il y ait entre le colifichet et le colimaçon, le nom de Colignon ? Ah ! Que vous vous sentiriez bien, ainsi logé, au milieu des mots, dans cette brique dense, solide, fidèle, qu’est le dictionnaire ? Il faut bien les poètes –encore Francis Ponge et ses pairs- pour s’emparer du dictionnaire, le malmener, le mener hors de l’usage, préférer l’impropre au sens propre, le figuré / défiguré, pour décider d’abolir soudain l’arbitraire du signe, marier le signifiant et le signifié (drôle de mariage, endogamique, entre le mot en gras et majuscule, et l’autre, juste après, entre crochets et dans un exotique alphabet « pour l’oreille » -mon dissemblable, mon frère…).

     Lorsque, Jean-Pierre Colignon, vous luttez –comme Francis Ponge- avec bataillons joyeux et ludiques armes, contre le délitement de la langue, la débandade orthographique, à coup d’ouvrages (une cinquantaine : grandes orgues de l’épopée !), de dictées (les vôtres ont plus de succès que les miennes), de rapports ministériels ou de leçons à l’usage des journalistes, quel n’est pas votre plaisir de prendre le parti des mots, sûr que c’est le meilleur moyen de prendre le parti des choses ? Les poètes ne vous contrediraient pas, eux qui « défendent et illustrent » comme vous la langue française, non par académisme étriqué, mais avec la certitude que seule la justesse du dire peut nous amener à y voir un peu plus clair sur ce monde trouble, qu’il s’agisse de botanique, de géopolitique, ou de discours amoureux. Compte-tenu des mots, et c’est ce qui nous fait hommes, nous n’avons pas mieux que les mots et leur agencement en phrases pour mettre en ordre le grand monde. On pourrait s’en désoler, et, avec d’autres poètes qui ont décidé d’en pleurer, regretter l’indigence des mots, incapable de dire autre chose que la surface des choses. Vous avez, et Francis Ponge s’en réjouit avec vous, ô joie ! objoie…- décidé de vous en régaler, et de nous en régaler, corrigeant par le rire nos pratiques orthographiques parfois bien défaillantes : et c’est là –ô pantagruélique vertu du rire- que vous vous faites poète, en nous rappelant qu’il suffit qu’un « e » s’envole pour que la poule, grasse et picorant bassement la terre, têtue et terre-à-terre, elle aussi s’envole, et laisse place à un adjectif léger vaporeux, avec sa finale en l’air et son allitération en liquides : « volatil ». Après L’Encyclopédie du Professeur Colignon, ne voulez-vous pas enfin vous décider à écrire un Glossaire, j’y serre mes gloses à la manière de Michel Leiris ? Certes, ce dernier fait parfois bref en matière de définition : résisterais-je à ces raccourcis irrésistibles : « BRAGETTE = Magique ! » ? Si bref, mais si juste : « BOURREAU = Beau rouge ». Mais poète vous l’êtes déjà, et je ne suis pas la seule à me délecter de vos formulettes (aïe, aïe, aïe, avec mon suffixe je suis en train de faire un pléonasme !!), pour retenir une règle d’orthographe. Désormais, dans toutes les copies de mes étudiants qui s’acharnent à écrire « champ lexical » avec un « s », j’écrirai : « Après la moisson, on offrira le champagne » ! D’aucuns croiront que je me prends pour Rimbaud, Lautréamont ou Breton, les autres comprendront qu’il faut courir sur votre blog : d’abord c’est un excellent antidépresseur, ensuite c’est la meilleure façon d’en finir avec nos fautes de français… A visiter, sans modération, donc.

     Difficile de mettre un point final à ce jeu avec les mots : votre enthousiasme est communicatif. Je terminerai en évoquant vos travaux sur la ponctuation, cette ponctuation que j’aime tant dans les textes littéraires. Merci, Jean-Pierre Colignon, pour votre belle définition de la virgule : « La virgule est le signe de ponctuation qui exprime le plus la subtilité, la finesse d’esprit, l’acuité de l’intelligence, voire la ruse et la rouerie ». Merci d’avoir réinventé le point d’ironie (je suscite la curiosité chez nos étudiants…) : je n’en dirai pas plus. Reste à expliquer la virgule et le point d’ironie à Donald Trump… Autre question… Ayons le plaisir de vous lire. Et à présent de vous écouter.

     Merci Jean-Pierre Colignon de venir ici, devant nos étudiants de classes préparatoires, partager votre gai savoir et votre virtuosité généreuse.

Marcel Gauchet

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Débat avec Marcel Gauchet animé par les optant.es de philosophie (2018)

Marcel Gauchet est né en 1946 à Poilley en Normandie. Il est est le fils d’un père cantonnier, gaulliste et d’une mère couturière, fervente catholique, élevé au sein d’une communauté rurale conservatrice. A 15 ans, il s’inscrit à l’Ecole normale de Saint Lô et envisage de devenir instituteur. Il quitte la Manche pour préparer l’ENS au lycée Henri IV. Mais l’atmosphère qui y règne le fait revenir dans son Ouest natal où il enseigne le français pendant deux ans. Profitant d’une disponibilité, il entreprend des études  de philosophie et de sciences humaines, à Caen puis à Paris. En 1966-67, il assiste aux cours de Cl. Lefort qui lui fait découvrir Machiavel, Marx et Tocqueville et lui fait rencontrer des intellectuels en marge du gauchisme de l’époque : Fr. Furet avec lequel il collabore dans deux revues Textures et Libre et P. Nora, également historien, avec qui il fonde Le Débat en 1980.
Article intégral 279 ko Cournarie Présentation M. Gauchet prepasaintSernin 2018

 Bibliographie sélective et thématique
Avènement du sujet
La Pratique de l’esprit humain : l’institution asilaire et la révolutiondémocratique, Gallimard, Paris, 1980.
L’Inconscient cérébral, Éditions du Seuil, « La Librairie du xxe siècle », Paris, 1992*Histoire du sujet et Théorie de la personne PU Rennes, 2009.
Religion et politique
Le Désenchantement du monde. Une histoire politique de la religion, Gallimard, Paris, 1985.
La Religion dans la démocratie : parcours de la laïcité, Gallimard, Paris, 1998
Le religieux et le politique, Paris, Desclée de Brouwer, collection Religion & Politique, 2010.
Education et démocratie
Pour une philosophie politique de l’éducation, Hachette littératures, coll. « Pluriel », Paris, 2003.
Conditions de l’éducation, Stock, Paris, 2008.
Transmettre, apprendre, Stock, Paris, 2014
Une anthropologie historique de la démocratie
L’Avènement de la démocratie, t. 1, La Révolution moderne, t. 2 La crise du libéralisme, Gallimard, Paris, 2007.
L’Avènement de la démocratie, t. 2, La crise du libéralisme, Gallimard, Paris, 2007.
L’Avènement de la démocratie, t. 3, A l’épreuve des totalitarismes, 1914-1974, Gallimard, Paris, 2010.
L’Avènement de la démocratie, t. 4, Le Nouveau Monde, Gallimard, Paris, 2017
Ouvrages de synthèse sur l’œuvre
La Condition historique, Stock, coll. « Les essais », Paris, 2003
La Condition politique, Gallimard, Paris, 2005
La Démocratie d’une crise à l’autre, Cécile Defaut, Paris, 2007.

Bibliothèque philosophique numérique

Héraclite Fragments
Parménide Poème

Platon Dialogues
Platon Le Politique

Aristote Poétique
Aristote Ethique à Nicomaque
Aristote Métaphysique

Epictète Entretiens

Pascal Entretien M. Sacy
Descartes Discours Méthode éd Tannery
Descartes Méditations métaphysiques Réponses Objections
Descartes Passions de l’âme
Leibniz Discours de métaphysique

Rousseau Discours sur les sciences et les arts
Kant Doctrine du droit

Comte Discours sur l’esprit positif

Nietzsche Ainsi parlait Zarathoustra

Jean-Noël Jeanneney — 14 novembre 2017 « Le rôle de l’historien dans la société »

mardi 14 novembre

salle des conférences : 9h30

dans le cadre du Cycle de conférences : « la Grande Guerre en toutes lettres »,  organisé par l’Université Toulouse 1 Capitole

 

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Conférence-rencontre

« Le rôle de l’historien dans la société »

Jean-Noël JEANNENEY,
historien, ancien ministre
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Débat France culture Jeanneney/Boucheron

 


 

 

Présentation : Un historien du temps présent, acteur des institutions républicaines

par Philippe Ruiz

Il existe un intérêt immédiat à la venue dans notre Lycée de Jean-Noël Jeanneney. Cet historien de la vie politique française au XXe siècle publie depuis cinquante ans à un rythme soutenu des ouvrages dont on pourrait trouver la thématique assez éparpillée : de la IIIe à la Ve République (un dernier ouvrage, présenté ce lundi à Ombres Blanches sur l’attentat du Petit Clamart) en s’attachant à des événements forts et fondateurs comme la Première Guerre Mondiale, des figures saillantes (Clémenceau, Mandel), des structures déterminantes de la vie politique (les milieux économiques et financiers, les grandes entreprises), des phénomènes plus ponctuels. Il y a pourtant une perspective commune à tous ces titres : rendre perceptible le lien qui articule le pouvoir à la société, c’est-à-dire comprendre le politique, dans le sens où l’ont défini Platon et Aristote il y a vingt-cinq siècles. Cela suffirait à retenir notre attention et à motiver notre intérêt pour les interventions des jours qui viennent.
Mais Jean-Noël Jeanneney, outre qu’il est un historien du « temps présent », est  aussi lui-même un moment d’histoire de la Ve République. Président de Radio France, Président de la Mission du Bicentenaire de la Révolution Française, Président de la Bibliothèque Nationale de France (pour ne retenir que les fonctions de premier plan…), il fut deux fois ministre de François Mitterrand. Il a connu, dirigé, développé nos institutions de l’intérieur, témoin et acteur de cette vie politique qui est par ailleurs l’objet premier de son propre travail d’historien. Il s’est plusieurs fois trouvé au cœur d’enjeux décisifs. Gérer le débat historiographique sur la Révolution, Furet et Ozouf d’une part, Soboul et Vovelle de l’autre, cela demande plus que du doigté. Piloter l’essor de la B.N.F. , identifier dès le début de ce siècle les enjeux et les risques de la numérisation universelle de notre patrimoine écrit, cela exige une singulière acuité du regard et de la pensée, celle que confère le sens de l’histoire. Jeanneney n’est plus exactement au cœur des institutions républicaines, mais sa voix continue pourtant de nous être familière : nous sommes dans la dix-huitième année de sa Concordance des temps sur France Culture, ce kiosque intelligent de l’actualité éditoriale des historiens français et européens.
C’est donc un historien de la vie politique française et une institution de la Ve République que nous allons recevoir mardi et notre intérêt sera doublement soutenu par la richesse de ce parcours.
Un élément cependant retiendra notre  attention de façon plus particulière : Jeanneney nous fait l’amitié d’une visite à la manière d’un retour aux sources : hypokhâgneux, khâgneux, normalien, agrégé, c’est une sorte de miroir qu’il tend à beaucoup d’entre nous.
Nous n’avons donc que de très bonnes raisons d’aller l’accueillir, l’écouter, le questionner mardi prochain.


Présentation : parcours biographique et bibliographique

par Marcel Marty 

Ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure et diplômé de l’IEP de Paris, agrégé d’histoire, docteur ès Lettres, Jean-Noël Jeanneney s’est consacré toute sa vie à ses deux passions, « Clio » et « Marianne » : il a mené une brillante carrière d’enseignant-chercheur et, dans un même mouvement, s’est voué à la vie publique, occupant d’éminentes responsabilités.
Spécialisé dans l’histoire politique et culturelle, de même que dans l’histoire des médias, Jean-Noël Jeanneney a enseigné à l’université de Nanterre, puis, à partir de 1968, à l’IEP de Paris (sa thèse s’intitule François de Wendel en République : l’argent et le pouvoir, 1914-1940). Créateur du premier séminaire consacré à l’histoire de la radio et de la télévision, il comptera parmi ses disciples des universitaires de renom comme Jérôme Bourdon, Isabelle Veyrat-Masson, etc. A partir des années 1980, il occupe de hautes responsabilités dans l’audiovisuel public : de 1982 à 1986, il est président-directeur général de Radio France et de Radio France internationale (RFI) : à ce titre, il refonde l’information sur France Inter, développe le réseau des antennes locales et fonde le « Festival de Radio France et de Monptellier-Languedoc-Roussillon » (devenu le « Festival de Radio France Occitanie »). Au-delà, il a travaillé pour la chaîne « Histoire », dont il a présidé le conseil d’orientation de 1997 à 2004, après avoir été l’un des membres fondateurs de la revue du même nom, en 1978. Président d’honneur du Festival international du film d’histoire de Pessac depuis sa création – 1990 –, il est aussi président du Conseil scientifique des « Rendez-vous de l’histoire » de Blois depuis 2003. Depuis 1999, il anime chaque samedi, sur France Culture, l’émission « Concordance des temps », qui porte un regard historique sur l’actualité.
Parallèlement, son engagement en politique, proche du Parti socialiste, attire l’attention de François Mitterrand : entre 1988, il est nommé à la Présidence de la Mission du Bicentenaire de la Révolution française et de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen : à ce titre, il organise avec Jack Lang, ministre de la Culture, le défilé historique du 14 juillet 1989. Plus tard, en 1991, il est nommé secrétaire d’Etat au Commerce extérieur (gouvernement Cresson), puis, est nommé, en 1992, secrétaire d’Etat à la Communication (gouvernement Bérégovoy). Il contribuera notamment à la création de la chaîne ARTE. De 1992 à 1998, il est aussi Conseiller général de Franche-Comté.
Nommé Président de la Bibliothèque nationale de France en 2002, Jean-Noël Jeanneney promeut l’archivage sur l’Internet, concrétisé, en 2008, par le projet de Bibliothèque numérique européenne « Europeana », et, à ce titre, combattra le projet de numérisation massive engagé en 2004 par Google. Son essai Quand Google défie l’Europe : plaidoyer pour un sursaut, édité en 2005, réédité en 2006 et 2010, a été traduit en 16 langues.
Jean-Noël Jeanneney est l’auteur de plus de 40 ouvrages, en particulier le Monde de Beuve-Méry (Seuil, 1979), l’Argent caché : milieux d’affaires et pouvoirs politiques dans la France du XXe siècle (Fayard, 1981), Une histoire des médias, des origines à nos jours (Seuil, 1990), l’Avenir vient de loin : essai sur la gauche (Seuil, 1994), le Passé dans le prétoire (Seuil, 1998), L’écho du siècle : dictionnaire historique de la radio et de la télévision en France (Hachette, 1999), La République a besoin d’histoire (Seuil, 2000),Victor Hugo et la République (Gallimard, 2002),le Duel, une passion française (Seuil, 2004). La biographie qu’il a consacrée à Georges Mandel (Georges Mandel : l’homme qu’on attendait – Seuil, 1991) et ses travaux sur Clemenceau font autorité, en particulier Clemenceau : dernière nouvelles du Tigre – CNRS Editions, 2016).
En 2016 et 2017, il fait paraître :

  • l’Histoire de France vue d’ailleurs, en collaboration avec Jeanne Guérout (Arènes, 2016) ;
  • Un attentat : Petit-Clamart, 22 août 1962 (Seuil, 2016) ;
  • le Récit national : une querelle française (Fayard, 2017)
  • l’Instant Macron (Seuil, 2017) :

Depuis son mémoire de Maîtrise, qu’il a consacré à la censure des lettres des « Poilus », l’intérêt de Jean-Noël Jeanneney pour la Grande Guerre n’a jamais faibli : outre ses nombreux travaux sur Clemenceau, il fait paraître, en 2013, Jours de guerre, 1914-1918 : les trésors des archives photographiques du journal « Excelsior » (Editions des Arènes), puis, en 2014 : la Grande guerre, si loin, si proche : réflexions sur un centenaire (Seuil).
Il a, en outre, réalisé une dizaine de documentaires pour la télévision, en particulier Léon Blum ou la fidélité (1973), Léopold Senghor entre deux mondes (1997), 1919-1939 : la drôle de paix (2009), Maghreb 39-45 : une destin qui bascule (2016).
Président du Conseil scientifique de l’Institut François-Mitterrand, président de la Fondation du Musée Clemenceau, Jean-Noël Jeanneney est Chevalier de la Légion d’honneur, Grand officier de l’ordre national du Mérite et Commandeur des Arts et Lettres.


 

Cycle de conférences La Grande Guerre en toutes lettres

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Centenaire de la fin de la Guerre, 1918-2018

Cycle de conférences-rencontres en lien avec l’Université UT1, organisé par Marcel Marty

« La Grande Guerre en toutes lettres »

PROGRAMME :

  • mardi 10 octobre : Antoine Compagnon « Tous égaux devant la mort : les écrivains face à la Grande Guerre » — salle des conférences, 9h45
  • mardi 14 novembre : Jean-Noël Jeannenet : « Le rôle de l’historien dans la société »
  • mardi 9 janvier : Jean-Yves Le Naour : « Sur Le Feu de Barbusse »
  • mardi 13 février : Stéphane Audouin-Rouzeau : « La Grande Guerre dans l’œuvre de Jean Rouaud »

Lieu : Salle des conférences

Témoignages Forum

« De mon passage en prépa à Saint-Sernin, je garde le souvenir d’une expérience qui a positivement déjoué mes attentes. Alors que je m’inquiétais de l’atmosphère que j’y trouverais, j’y ai ai passé deux années épanouissantes à la fois sur le plan humain et intellectuel. La formation de qualité que j’y ai reçue, par des professeur.e.s passionné.e.s et passionnant.e.s, s’est doublée d’un environnement de travail amical et bienveillant, ce qui m’a permis d’aborder à la fin des deux années le concours (relativement !) sereinement. Aujourd’hui en master de philosophie contemporaine à l’ENS de Lyon, je mesure tout ce que j’ai pu retirer de la prépa, notamment en termes de connaissances philosophiques générales, fondamentales pour mes recherches. J’en conserve également une méthode et une capacité de travail qui se révèlent très utiles dans le milieu exigeant de la recherche » (Charlie, 2017)

« Mon souvenir de prépa reste impérissable et le restera tout au long de ma vie. J’ai passé deux années exceptionnelles à Saint Sernin, entouré de professeurs attentifs, passionnants et surtout humains, et accompagné d’amis indéfectibles. Etre en prépa à Saint Sernin, c’est la meilleure chose que je puisse souhaiter à un futur étudiant curieux, humble et travailleur. » (Etienne, 2017)

« Je suis ravie de découvrir ce site qui permet de garder un contact avec la prépa.

Les cycles de conférences et les projets interdisciplinaires ont l’air très intéressants et enrichissants. L’ouverture culturelle offerte par ce cursus et par des professeurs passionnés m’a beaucoup marquée et est difficile à retrouver dans d’autres voies. J’espère que ce nouveau projet de partage va se développer. Le fait de pouvoir accéder via ce média à certains de vos cours est une superbe opportunité. » (Laura, 2017)

« Après avoir validé un master de philosophie des sciences, je suis actuellement en préparation aux concours de l’enseignement (CAPES et agrégation de philosophie) à l’université Jean Moulin (Lyon III).

Après un baccalauréat scientifique, je me suis dirigée vers une classe préparatoire littéraire (2011-2014) pour me spécialiser en philosophie tout en conservant une approche généraliste. La classe préparatoire m’a ainsi permis d’acquérir un socle solide de connaissances philosophiques. De plus, le fait d’avoir poursuivi l’étude de plusieurs disciplines est venu enrichir ma compréhension des enjeux et des auteurs philosophiques. Cette pluridisciplinarité m’apparaît aujourd’hui comme un atout pour enseigner, car l’apprentissage de la philosophie peut être introduit par l’intermédiaire d’autres disciplines, surtout dans le cas de la classe de Terminale.

La classe préparatoire m’a donné une méthode de travail solide, m’a appris à préparer un concours et à acquérir une force de travail conséquente. L’apprentissage était favorisé par le fait d’être dans des classes à effectif réduit, ce qui permettait une plus grande cohésion entre nous. De ces trois années au lycée Saint-Sernin, je retiens surtout l’amour de la culture que m’ont transmis les professeurs en organisant des sorties aux musées, à la cinémathèque, à l’opéra et au théâtre. Ces derniers nous ont vraiment suivi tout au long des années, et nous ont accompagnés dans le passage de la classe préparatoire à l’université. Cette formation m’a ainsi aidée à estimer mes capacités et à dépasser mes limites, comme par exemple ma timidité. » (Anaëlle, 2017)

« J’ai passé trois ans en classe préparatoire au lycée Saint-Sernin, de 2007 à 2010. Je suis actuellement lectrice dans une université aux Etats-Unis, grâce à la formation que j’ai obtenue durant ces trois années. En effet, la classe préparatoire littéraire permet d’acquérir une culture générale vraiment solide et des méthodes de travail réutilisables dans toutes les circonstances d’une vie académique et professionnelle. Je peux pleinement apprécier les mérites de cette formation maintenant que je peux la comparer, avec du recul, aux universités françaises et américaines : je n’ai retrouvé nulle part ailleurs une telle qualité d’enseignement, des professeurs aussi proches de leurs élèves et aussi brillants dans leurs cours magistraux, un entraînement à l’expression orale et écrite aussi régulier et encadré. Je ne peux qu’encourager vivement chacun à tenter l’expérience : vous pourrez non seulement profiter des meilleurs cours offerts par le système éducatif français, mais vous aurez également l’avantage, après la prépa, d’avoir l’impression d’être en vacances toute votre vie ! » (Anaïs, 2011)

« La prépa peut-elle contribuer à élever les élèves et comment ?
Quand je suis entrée en classe prépa, je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre. J’avais entendu, bien sûr, des rumeurs : concurrence entre élèves, notation extrêmement stricte, travail assommant… La réalité s’est révélée tout autre. Ce n’était pas facile, c’est vrai ; mais j’ai un souvenir émerveillé des premiers mois d’hypokhâgne. À chaque heure de cours, j’avais l’impression que des portes s’ouvraient dans mon esprit. On me faisait accéder non seulement à des connaissances nouvelles, mais aussi et surtout à un tout autre niveau d’analyse. J’ai appris à porter sur les choses un regard nuancé, à mettre en perspective un sujet, à me poser de nouvelles questions. C’est simple : à la fin de mes deux années de prépa, quand j’ai repensé à l’élève et même à la personne que j’étais en sortant du lycée, j’ai eu l’impression qu’un fossé s’était creusé. J’avais appris à réfléchir par moi-même, non seulement grâce à l’enseignement reçu mais aussi aux nombreuses discussions et débats avec les autres élèves.
Les professeurs ont été de précieux alliés dans cet apprentissage : passionnés et passionnants, ils n’ont jamais hésité à s’impliquer personnellement et n’ont pas compté leurs heures pour nous permettre de faire des voyages, nous aider à trouver des stages et surtout nous assurer une préparation optimale pour le concours.
Je ne suis pas rentrée à Normale Sup, mais poursuis aujourd’hui des études en histoire de l’art qui me passionnent, et pour lesquelles l’expérience de la CPGE m’aide encore au quotidien. » (Géraldine, 2011)

« Fils d’infirmière et d’un père smicard, je viens d’une petite ville, Pau et j’ai été scolarisé en CPGE littéraire durant 2 ans. Il ne s’agit pas là d’un milieu familial défavorisé, loin de là, mais plutôt modeste. (…) La plupart de mes ami-e-s étaient dans le même cas que moi. Familles modestes, boursiers, plus ou moins de facilités financières. La prépa a plutôt fait office pour nous d’ascenseur social, elle nous a permis d’avoir accès à une formation d’excellence sans avoir à payer le prix exorbitant d’une école privée que nos familles ne pouvaient pas nous offrir.
Elle a aussi fait office de tremplin. Si je n’étais pas passé par la CPGE de St-Sernin à Toulouse, je n’aurais jamais pu rentrer à l’Ecole du Louvre, à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes et à la Sorbonne pour y poursuivre mes études et suivre des cours sur les sujets qui me passionnaient. Je n’en aurais même jamais considéré la possibilité : c’était à Paris, c’était trop loin de Pau et donc trop cher. Mais passer par la case prépa m’a ouvert ces possibilités. Subitement, l’Ecole du Louvre et la Sorbonne m’offraient des équivalences pour rentrer dans ces universités prestigieuses ! J’ai donc pu expérimenter, prendre des cours sur des sujets aussi variés que l’art japonais, l’assyriologie ou l’histoire des croisades et ce faisant, cheminer et mûrir mon projet professionnel. Je suis maintenant en Master 2 d’histoire médiévale à la Sorbonne et si je suis aujourd’hui certain qu’il s’agit bien de « ma voie », c’est parce que j’ai pu toucher à la philosophie, la littérature, les langues à niveau universitaire durant mes années prépa. La qualité et la diversité de l’enseignement y est d’une richesse incomparable. Citons mon directeur de recherche après avoir lu mon mémoire de M1 : « On voit que vous sortez de classe prépa, c’est du bon travail et rigoureux. ».
Mes deux années de prépa ont certes été dures mais passionnantes et je ne reviendrais dessus pour rien au monde. Elles m’ont aussi énormément apporté sur le plan personnel. Mes anciens professeurs d’histoire des arts, de philosophie et d’histoire d’hypokhâgne comme de khâgne restent encore à ce jour mes modèles en matière d’abnégation ou de rigueur intellectuelle au travail. Je n’ai jamais connu de professeurs si investis et impliqués dans le devenir de leurs élèves et le travail qu’ils fournissent est tout simplement ahurissant. Que ce soit pour nous conseiller sur notre orientation future ou alors nous aiguiller dans la préparation des concours. La seule implication comparable que l’on reçoit d’un professeur à l’université, c’est du directeur de recherche lors des années master. Pas l’idéal pour aiguiller des élèves fraîchement lauréats du bac…
Brisons les préjugés. Oui la prépa m’a accepté alors que je venais d’une famille modeste. Oui les professeurs sont excellents, impliqués et méritent leur salaire. Oui, il s’agit bien là d’une expérience qui m’a été profitable dans la vie. » (Jérémy, 2011)

« Etre en CPGE : apprendre, comprendre, et s’ouvrir au monde…
Hésitant, je me suis lancé en Hypokhâgne à la sortie d’un baccalauréat littéraire avec une seule envie : continuer à recevoir un enseignement varié et d’un niveau plus élevé. Il est vrai que l’entrée en matière ne fut pas aisée et la charge de lecture plus impressionnante que prévue. Je me suis donc enfermé dans mes lectures pour m’apercevoir que je m’ouvrais de plus en plus. Rencontrer chez certains auteurs des sensations inédites, apercevoir un monde nouveau au travers de certaines œuvres et comprendre ce dernier par l’histoire, la géographie et l’histoire de l’art, fut le riche fruit de mes deux années de CPGE. Ces sacrifices et ces compromis, je ne pourrais jamais les regretter, car lire n’aura jamais été aussi facile que maintenant. Comprendre une thèse, la réfuter et convoquer d’autres auteurs est désormais chose acquise. En effet, lors de ces deux années, les enseignants ont toujours été présents pour prendre le temps de m’expliquer en détail quelles étaient mes erreurs et comment les résoudre. La « prépa » a formé ma plume, et m’a installé dans les voies de la précision et de l’excellence.
Rappelons-nous, que derrière ce générique, derrière ce substantif de « prépa », ils sont plusieurs professeurs à dédier une grande partie de leur quotidien à notre formation. Ils se consacrent à nos sacrifices de la plus belle des manières. Voués à un enseignement d’excellence, leur sacrifice est bien plus important que le nôtre. » (Guillaume, 2011)

« J’ai suivi toute ma scolarité dans de petits établissements publics du sud-est de la France. Ayant des facilités dans les matières littéraires, je parvenais à avoir de bonnes notes sans faire de grands efforts. J’étais une élève introvertie et ce n’est qu’à partir de la classe de 1ère au lycée que j’ai réellement commencé à participer aux cours. Mon Bac littéraire en poche, je me suis inscrite en prépa littéraire à Toulouse, en partie parce que j’étais restée sur ma faim en Terminale : j’avais envie d’approfondir la formation pluridisciplinaire du lycée. Je n’ai pas regretté ce choix.
J’avais entendu beaucoup de bien de la prépa littéraire, mais aussi beaucoup de mal : une population étudiante composée de nantis et de privilégiés, des professeurs obsédés par le quota d’élèves qu’ils parviendraient à faire rentrer dans les prestigieuses grandes écoles, une atmosphère de compétition impitoyable, … J’ignore ce qu’il en est des autres prépas, mais je n’ai rien trouvé de tout cela à Toulouse. Les professeurs étaient passionnants et passionnés, l’atmosphère studieuse mais plutôt bon enfant, et nous étions bien encadrés par l’administration, dans un lycée public qui plus est. J’y ai certainement rencontré beaucoup d’enfants de professeurs, mais je crois que c’est parce qu’ils sont les premiers à reconnaître la qualité de cette formation. Je pense que les classes prépa sélectionnent les élèves uniquement sur la base de leur niveau scolaire, ce qui n’est pas toujours le cas d’autres établissements de l’enseignement supérieur.
Je suis dans ma 5e année d’études supérieures (CPGE incluses), et je suis passée par trois établissements d’enseignement public au fonctionnement très différent (l’université, l’école du Louvre et l’INALCO – institut des langues orientales). Tout au long de mes études, j’ai constaté que mes méthodes d’apprentissage de base avaient été forgées par la prépa. Grâce à cette formation, je dispose d’une solide culture générale, de bonnes bases pluridisciplinaires et je maîtrise l’exercice de la sempiternelle dissertation. Je dois aussi au CPGE un très bon niveau d’anglais qui est un passe-partout indispensable.
Le système de la prépa ne convient pas à tout le monde. C’est une formation exigeante et intensive qui demande beaucoup d’investissement en temps et en énergie. Certaines personnalités déjà très indépendantes au sortir du lycée se sentiront plus à l’aise à l’université. Mais souvent, le CPGE peut servir de tremplin vers les études supérieures. Outre ceux qui voudraient intégrer une grande école, les élèves travailleurs qui souhaitent approfondir leurs bases avant de se spécialiser y trouveront leur compte. Dans tous les cas, ces années ne sont pas perdues car un système d’équivalence avec l’université existe. Et pour en avoir bénéficié, je trouve qu’il fonctionne très bien.
Ce que j’ai particulièrement apprécié dans la formation des CPGE, ce n’est pas seulement la qualité des cours et le soutien des professeurs, mais aussi le fait de pouvoir associer une personnalité à un apprentissage. Dans l’enseignement supérieur (en particulier en Licence 1 et en Licence 2), les cours en amphithéâtre rendent le contact difficile entre les professeurs et les élèves. Le professeur parle, niché entre son estrade et son powerpoint, face à une marée de visages anonymes et interchangeables. Les rares contacts ne peuvent avoir lieu qu’à l’inter-cour ou par mail. En classe prépa, nous étions constamment en échange avec les professeurs. L’exercice de la colle permettait de recevoir des conseils personnalisés sur notre travail. On nous encourageait à enrichir les cours de nos questions et de nos remarques, à faire part de nos lectures personnelles, à participer à des sorties pédagogiques.
En ce qui me concerne, mes professeurs de CPGE étaient toujours très impliqués dans leur travail. La plupart étaient très soucieux de donner une dimension humaine à leur enseignement. Plutôt que de dicter à leurs étudiants une pensée unique, ils nous donnaient des pistes pour développer notre réflexion et notre sensibilité par nous-mêmes. C’est sur cette autonomie de pensée et de travail que repose mon épanouissement et ma réussite dans les études supérieures. Je souhaite que mes anciens professeurs puissent continuer à dispenser un enseignement de qualité dans les meilleures conditions, tout en restant proches de leurs élèves. » (Estelle, 2011)

« Être en prépa, ça a d’abord été la joie de découvrir que ma passion pour les matières littéraires était partagée aussi bien par d’autres élèves que par les professeurs. Au lycée, un bon élève en littéraire est souvent regardé de travers par ses camarades. Cela a été l’occasion de mettre à l’épreuve mes capacités intellectuelles, d’être sans cesse « tirée vers le haut » (je ne trouve pas de formule plus heureuse), et d’être accompagnée par des professeurs impliqués et passionnants. Enfin, pour moi, la chance la plus grande qui est donnée par les classes prépa, c’est de réunir des élèves de milieux sociaux très hétéroclites. Dans mon parcours personnel, cela m’a permis de prendre confiance en mes capacités et de dépasser ma croyance en un certain « déterminisme » social. 
Je ne sais pas si dans les faits (en particulier si l’on considère uniquement les résultats aux concours) la prépa est réellement un vecteur de promotion sociale. Elle a cependant le mérite de donner une chance à tous les élèves qui recherchent l’excellence, de manière gratuite.» (Sophie, 2011)

Antoine Compagnon — 10 octobre 2017 : « Tous égaux devant la mort « 


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Conférence : « Tous égaux devant la mort : les écrivains face à la Grande Guerre »

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Vidéo (extraits)
Conférence — A. Compagnon Tous égaux devant la mort (extraits-fin)


Antoine Compagnon

professeur au Collège de France

Présentation

par Marcel Marty

Ancien élève de l’Ecole Polytechnique, ingénieur des Ponts et chaussées, docteur ès lettres, Antoine Compagnon compte parmi les personnalités les plus passionnantes et les plus fécondes de l’université française. Depuis 2006, il est professeur titulaire de la chaire de « Littérature française moderne et contemporaine : histoire, critique, théorie » au Collège de France. Son enseignement hebdomadaire connaît un succès inattendu : outre l’amphithéâtre Marguerite-de-Navarre, deux amphithéâtres sont mis à la disposition du public, avec projection vidéo.
Disciple de Roland Barthes, Antoine Compagnon consacre sa thèse à Montaigne (La Seconde Main ou le travail de la citation, Seuil, 1979), puis oriente ses recherches autour des questions de critique, d’histoire et de théorie littéraires, sans jamais négliger ses deux écrivains de prédilection : l’auteur des Essais, et Proust.
Maître conférences à l’Ecole Polytechnique de 1978 à 1985 et, parallèlement, à l’université de Rouen (1981-1985), il a ensuite enseigné comme professeur à l’université Columbia de New York (1985-2006) et, parallèlement, à l’université de Paris IV-Sorbonne (1994-2006).
Aux Etats-Unis, Antoine Compagnon a été professeur invité à l’université de Penssylvanie à Philadelphie (en 1986 et 1990) ; il a été membre de la John Simon Guggenheim Memorial Foundation, et de l’American Academy of Arts and Sciences (depuis 1997). En Grande-Bretagne, il a été, en 1994, membre invité du All Souls College d’Oxford.
Ses missions universitaires et éditoriales sont nombreuses : membre du conseil de rédaction de la revue Critique(depuis 1977), secrétaire général de l’Association internationale des études françaises – AIE – depuis 1998, membre du Haut conseil de l’éducation – HCE – et du Haut conseil de la science et de la technologie (depuis 2006), président de l’Association pour la qualité de la science française (depuis 2004). Il a été, par ailleurs, membre du Conseil national des universités – CNU – de 1999 à 2003 – et membre du Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche – CNESER – de 2002 à 2007.
Dans une bibliographie abondante, il convient de mentionner Nous, Michel de Montaigne (Seuil, 1980), la Troisième République des Lettres (Seuil, 1983), Proust entre deux siècles (Seuil,1989), les Cinq paradoxes de la modernité (Seuil, 1990), Chat en poche : Montaigne et l’allégorie (Seuil,1993), le Démon de la théorie (Seuil, 1998), les Antimodernes : de Joseph de Maistre à Barthes (Gallimard, 2005), Une question de discipline : entretiens avec Jean-Baptiste Amadieu (Flammarion, 2013) et Le Collège de France : cinq siècles de libre recherche (Gallimard, 2015).
Il a en outre procuré l’édition de Du côté de chez Swann de Proust dans la collection Folio (Gallimard, 1988), de Sodome et Gomorrhe dans la Bibliothèque de la Pléiade et dans la collection Folio (Gallimard, 1988 et 1989), de même que des Carnets du même auteur (Gallimard, 2002).
La leçon inaugurale de M. Antoine Compagnon au Collège de France est disponible aux éditions Fayard/Collège de France : La littérature, pour quoi faire ? (2007).
En 2012, Antoine Compagnon reçoit de Philippe Val, directeur de France Inter, une proposition surprenante : réaliser un feuilleton estival sur Montaigne, qui sera diffusé à l’heure du déjeuner. Ce feuilleton connaîtra un succès inattendu, et le livre qui reprend les chroniques, Un été avec Montaigne, s’est vendu à plus de 150.000 exemplaires ! L’été 2014 sera consacré à Baudelaire, avec le même succès.
Antoine Compagnon a aussi publié récemment deux récits à caractère autobiographique : la Classe de rhéto(Gallimard, 2014), dans lequel il évoque sa scolarité au Prytanée de la Flèche, et l’Age des lettres (Gallimard, 2015) où il évoque son amitié avec Roland Barthes.

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