Philosophie Cours

Vous trouverez ici des articles ou des extraits de cours de philosophie en rapport avec les programmes (notés en BLEU) de l’ENS LYON


Le sacré et les sciences de la religion (2020)
Laurent Cournarie
(46 pages)


Table des matières:
Exit dieu : le sacré ou l’essence de la religion
Tabou, sacré : la double articulation du sacré
Ambiguïté du sacré
La grammaire comparée du sacré
Le mystère sacré
La société et le sacré
La violence et le sacré
Appendice : Le sacré, le monothéisme et le christianisme

La valeur est molle, le sacré dur, estime Debray. Mais le même reproche se retourne contre la notion de sacré : c’est une notion fourre-tout, qui se prête à tout, à la mesure de la diversité des champs (religieux, social, politique, artistique…), des réalités qu’elle recouvre (toutes sortes d’objets) et de son instabilité : sacré varie, bien fol qui s’y fie. Le sacré d’ici n’est pas le sacré de là-bas, celui d’hier n’est pas celui d’aujourd’hui et de demain. Pourtant la catégorie est d’usage courant.C’est une catégorie moderne ― contrairement à l’adjectif. Il nous est impossible de dater précisément sa conceptualisation. Mais on peut au moins reconnaître avec certitude que la notion a connu un succès incontestable chez tous les spécialistes des “sciences de la religion”, histoire, sociologie, mais aussi phénoménologie à partir du début du XXè s. La notion fait consensus : tous considèrent que le sacré, dans son opposition au profane, constitue le phénomène central de la religion, partant sa meilleure définition[1]. Définition la plus juste, la moins fausse ou la moins discutable et la moins arbitraire. 


Morale et politique (2020)
Emmanuel Lacoue-Labarthe

MORALE
POLITIQUE

Introduction
« La » politique : au féminin, le substantif « politique » peut renvoyer à deux choses :
1) La politique désigne d’abord l’ensemble des « affaires publiques », c’est-à-dire l’ensemble des affaires d’une « cité » (en grec : « polis », dont dérive l’adjectif « politique »), communauté dont il convient de dégager les spécificités par différence avec d’autres communautés comme la famille et le village1.
En ce premier sens, la politique désigne donc l’ensemble des affaires de la cité et elle renvoie à des problèmes spécifiques, dont notamment les trois suivants :
Quelle est la fin, le but, de la communauté politique ? S’agit-il de la sécurité, du bien-être économique, de la liberté ou du souverain bien ?
Quelle est la meilleure forme de régime politique ? Quel est le régime politique qui permet le mieux à la cité d’atteindre la fin vers laquelle elle tend ?
A quelles conditions une autorité politique est-elle légitime ? C’est-à-dire : à quelles conditions une autorité politique peut-elle légitimement exiger l’obéissance ?
2) La politique désigne aussi l’art et la pratique du gouvernement, c’est-à-dire la compétence et l’exercice du pouvoir au sein de la cité.


Cours sur l’espace (2020)
Laurent Cournarie (80 pages)

ART
POLITIQUE
SCIENCE

Table des matières
1. Penser l’espace
Pauvreté philosophique de l’espace
Sur l’extériorité
2. Représenter, percevoir (dans) l’espace
Construction de la représentation de l’espace
Représentation, perception et perspective
3. Espace, monde et existence
Terre, corps, espace
L’espace comme structure de l’être-au-monde
L’espace premier et imaginaire
4. L’espace en littérature
Qu’est-ce que l’espace en littérature ?
Temps spatialisé proustien vs durée bergsonienne
A la recherche de l’espace perdu
5. L’espace en physique
L’espace de la physique classique
La révolution cosmologique moderne
Espace, matière et étendue
Propriétés spatiales des entités physiques
6. Espace et pouvoir
L’espace ou la preuve du pouvoir
Hétérotopies
Connexions: espace, corps et vie


Introduction à la Théorie de la justice de Rawls
Pascal Dupond et Laurent Cournarie

POLITIQUE

Le lecteur français peut avoir du mal à entrer dans la lecture de la Théorie de la justice  et ne pas comprendre son intérêt et la renommée dont elle jouit. La première difficulté tient au fait qu’il aura fallu attendre seize ans pour que cet ouvrage, capital dans la philosophie anglo-saxonne, soit traduit en français2. Or entre 1971, date de sa publication aux Etats-Unis et le moment de sa réception en France, la Théorie de la justice a suscité un débat intense dans la philosophie anglo-saxonne, obligeant son auteur à préciser et même à refondre sa théorie à travers de nombreux articles. On peut les lire réunis, en français, sous le titre Justice et démocratie, publié en 1993, la même année que Political Liberalism qui constitue la reformulation d’ensemble de ces  mêmes articles . La traduction de ce deuxième ouvrage de Rawls est parue en France en 1995. 


L’enseignement de la vertu et les paradoxes de la connaissance : présentation et commentaire du Ménon de Platon (70a-81e)
Laurent Cournarie
Article complet (179 pages) https://philopsis.fr/archives-auteurs/platon/lectures-platoniciennes-themes-et-dialogues/

MORALE

Le socratisme du dialogue Le Ménon, ce « charmant petit dialogue » comme dit Koyré[2], appartient aux dialogues dits socratiques. Cela veut dire d’une part que Socrate est mis en scène dans la discussion philosophique et d’autre part que Platon reste encore fidèle à l’enseignement de son maître, c’est-à-dire que le problème moral domine et qu’il s’agit moins d’enseigner que d’éveiller à la réflexion.


Philosophie analytique vs philosophie continentale (2017)
Laurent Cournarie
Article intégral PDF  PHILOSOPHIE ANALYTYQUE VS PHILOSOPHIE CONTINENTALE

HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE

On croit souvent que la philosophie analytique est anglosaxonne, tandis que la philosophie continentale est allemande, française, etc. La division de la philosophie contemporaine correspondrait à des aires géographiques. En réalité la philosophie analytique est née à la fois en Angleterre (B. Russell et Moore à Cambridge) et en Europe centrale (Carnap à Vienne, Prague, Varsovie) et la philosophie continentale a toujours été enseignée en Angleterre[1]. Aussi s’agit-il plutôt d’une différence de méthode et d’attentes à l’égard de la philosophie.


L’histoire de la philosophie dessert-elle la philosophie ? (2019)
Laurent Cournarie
Article intégral PDF Cournarie L’HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE DESSERT-ELLE LA PHILOSOPHIE ?

HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE

L’enseignement philosophique ou l’histoire de la philosophie
A l’université, ce qui s’enseigne sous le titre de philosophie depuis longtemps c’est, pour l’essentiel, l’histoire de la philosophie — ce qui s’explique par l’histoire récente de la philosophie, au moins dans son régime continental. L’histoire de la philosophie n’est plus systématiquement déconstructionniste, mais c’est tout comme. Son résultat est acquis : la métaphysique est morte, vive la philosophie en tant qu’histoire de la philosophie. Dans les esprits, la philosophie ne se survit académiquement que comme enseignement, et même que comme enseignement de l’histoire de la philosophie : le fait majeur, à l’origine de ce qu’on pourrait nommer le paradigme herméneutico-littéraire de la philosophie, est certainement la déliaison entre la philosophie et les sciences. Kant disait qu’on ne peut apprendre à philosopher. Aussi, à défaut d’enseigner la philosophie, on peut enseigner l’histoire de la philosophie. Ainsi, désormais un philosophe est un professeur qui enseigne l’histoire de la philosophie.


La philosophie antique : un cas d’écoles (2017)
Laurent Cournarie
Article intégral :  LA PHILOSOPHIE ANTIQUE UN CAS D’ÉCOLES

MORALE
HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE

Qu’est-ce que la philosophie contemporaine ? Cette question est sans doute incongrue. La question « qu’est-ce que » paraît inactuelle partout où domine la dispersion (des savoirs, des pratiques…). Ensuite il y a tant de lieux, de voix en philosophie contemporaine que toute unification est dépourvue de sens. La philosophie se fait à l’université, dans les médias, au café-philo, dans la presse, l’édition et désormais la blogosphère. Or est-ce jamais la même philosophie, la même manière de comprendre, de diffuser la philosophie ? Même au plan institutionnel, il n’y a pas vraiment de dénominateur commun entre la philosophie analytique et la philosophie continentale — mais seulement pour ainsi dire un rapport d’homonymie. Il y a de la philosophie contemporaine et non une philosophie contemporaine.

La guerre dans la philosophie antique (2018)
Laurent Cournarie
Article intégral PDF LA GUERRE DANS LA PHILOSOPHIE ANTIQUE

LA POLITIQUE, LE DROIT

De prime abord, on peut penser que la philosophie, si on veut encore la définir comme la recherche de la sagesse, l’art de vivre une vie qui s’examine pour être sensée, se situe toujours du côté de la paix. Il y aurait une contradiction entre la philosophie et la guerre. On connaît l’adage : si vis pacem, para bellum. On pourrait alors dire aussi bien : si tu veux la philosophie, condamne la guerre ; si tu veux la guerre, renonce à la philosophie. Et même peut-être : si tu veux la paix, prépare la philosophie (si vis pacem, para philosophiam).
Donc il pourra sembler qu’un philosophe est nécessairement pacifiste, que le pacifisme est la seule option philosophique possible à propos de la guerre — même si le mot est moderne. De fait, la guerre n’a rien de positif soit qu’on la considère comme une négation de la paix, soit qu’on la considère plus radicalement comme une privation (contre nature) de la paix. Actuellement la guerre est toujours la négation de la paix ; mais fondamentalement, elle en serait toujours la privation car l’homme est fait pour la paix et non pour la guerre.


Arendt : L’éducation et la question du monde (2018)
Laurent Cournarie
Article intégral PDF  ARENDT L’ EDUCATION ET LA QUESTION DU MONDE

LES SCIENCES HUMAINES : HOMME, LANGAGE, SOCIETE

Quelle est la question philosophique profonde et principale que pose l’éducation ? Quelle serait la question philosophique sur l’éducation qui ne soit pas une question de philosophie de l’éducation ?
Pour y répondre, on peut s’aider de l’essai d’H. Arendt intitulé : « La crise de l’éducation». C’est un article de 1958, publié dans la Crise de la culture. Il fait figure de classique dans la littérature philosophique sur l’éducation. On en retient souvent les critiques que la philosophe porte contre les méthodes modernes d’apprentissage, et donc finalement sa position conservatrice. Les nostalgiques de l’éducation passée s’en réclament : les modernistes et les réformistes la désapprouvent. Ce clivage entre modernistes et traditionalistes n’est pas nouveau. On peut même penser qu’il est inévitable à propos de l’éducation : les uns disent que l’éducation est essentiellement transmission, et donc conservatrice ; les autres que l’éducation a pour visée de permettre aux enfants de pouvoir participer au monde de demain, qu’il faut donc prendre les enfants comme ils sont (non comme on rêverait qu’ils fussent ou comme ils furent), dans le cadre de toutes les évolutions du monde social. Et les deux partis peuvent s’accorder sur le constat que l’éducation est en crise : soit parce qu’on a renoncé aux enseignements et aux méthodes du passé, soit parce que la société est en crise permanente. Les seconds disent aux premiers qu’ils rêvent d’une école d’un monde qui n’est plus (la méritocratie de l’école mythifiée de la République) quand ceux-ci répondent que l’école peut et même doit être un lieu d’ordre et de repères pour les enfants dans un monde en déroute.


Education et/ou instruction (2018)
Laurent Cournarie
Article intégral PDF  EDUCATION ET/OU INSTRUCTION

LA POLITIQUE, LE DROIT

Il y a bien de la différence entre éduquer (educare: élever, nourrir ou educere: conduire hors de, produire, guider) qui est une tâche qui s’adresse à la personne entière ou à toutes ses aptitudes, et instruire (construire, bâtir, équiper…) qui concerne restrictivement l’acquisition de savoirs. Tout le problème est de savoir, dès lors que l’éducation est une fonction publique, si l’Etat qui en a la responsabilité doit se contenter d’instruire les enfants et les adolescents ou s’il doit se charger intégralement de leur éducation — ce qui enveloppe le domaine de la morale et des valeurs. Or depuis la Révolution française (Condorcet contre Le Peletier de Saint Fargeau) les deux conceptions s’affrontent régulièrement. L’éducation est une affaire politique. Le débat revient toujours à cette question : l’école doit-elle éduquer ou instruire ? La crise de l’école ne tient-elle pas à l’abandon de l’idéal républicain, lui-même assimilé à la mission de l’instruction publique ?


Sociologie de l’éducation : du capital culturel à l’égalité des chances (2018)
Laurent Cournarie
Article intégral PDF SOCIOLOGIE DE L’EDUCATION : DU CAPITAL CULTUREL A L’EGALITE DES CHANCES  

LES SCIENCES HUMAINES : HOMME, LANGAGE, SOCIETE

Education et capital culturel
A l’école, l’élève acquiert un capital de connaissance, sanctionné par des diplômes. Mais la réussite à l’école dépend-elle uniquement de ce qui est acquis à l’école ? L’accès au diplôme est-il la simple traduction du capital de connaissance acquis à l’école ?
La sociologie de l’école a depuis longtemps souligné l’importance du capital culturel. Qu’est-ce que le capital culturel ? C’est ce que l’école n’apprend pas et qui pourtant permet d’y réussir. Donc l’école discrimine sur ce qu’elle n’apprend pas mais valide comme critère de distinction : donc non seulement elle reproduit les inégalités sociales mais même elle les aggrave. L’école est censée être le lieu du savoir. Le savoir est censé être ce qui libère : un esprit libre est un esprit éclairé — et ce qui réalise le principe d’égalité des chances. La liberté et l’égalité par le savoir, tel est l’idéal des Lumières et cet idéal inspire l’idée méritocratique de l’école républicaine. Mais les faits contredisent le discours : loin d’être le moyen d’une libération et d’une égalisation des conditions, l’école s’avère être un puissant facteur de reproduction sociale des inégalités.C’est ce que Bourdieu montre à travers trois ouvrages principaux : La reproduction(en collaboration avec J.-C. Passeron), La distinction, Homo Academicus, La noblesse d’Etat[1].


Walter Benjamin : la perte de l’aura, entre progressisme et nostalgie (2019)
Laurent Cournarie
Article intégral PDF WALTER BENJAMIN : LA PERTE DE L’AURA, ENTRE PROGRESSISME ET NOSTALGIE

L’ART, LA TECHNIQUE

             Formé au marxisme, Benjamin n’évacue, à propos de l’œuvre d’art, ni l’histoire ni l’enjeu social [2]de l’histoire de l’art. L’ontologie n’est pas le problème (la circularité entre essence de l’œuvre et de l’art[3]) comme pour Heidegger dans L’origine de l’œuvre d’art (1935), mais bien l’usage « pratique »de l’art (le terme de « pratique »est très présent dans l’essai), la mutation historique dans la production et la réception des œuvres d’art. Dans l’essai, L’œuvre d’art à l’époque de sa reproduction mécanisée (1936, remanié en 1939), ce qui l’intéresse n’est pas la compréhension de l’essence de l’œuvre d’art, mais la transformation de l’œuvre d’art sous l’effet des nouvelles techniques de reproduction mécanisée que sont la photographie et le cinéma. Il n’est pas question de savoir ce qu’est une œuvre d’art, mais de prendre conscience qu’au XXè siècle l’œuvre d’art ne correspond plus au concept de ce qu’elle fut, que cela entraîne une perte, mais aussi ouvre des perspectives nouvelles de perception et de pratique.


Quelle rationalité pour la croyance religieuse ? (2017)
Laurent Cournarie
Version intégrale PDF QUELLE RATIONALITE POUR LA CROYANCE RELIGIEUSE ?

LA SCIENCE
LA METAPHYSIQUE

Au sens strict ou en droit (du moins pour la philosophie), la question de Dieu et la question de la religion sont distinctes. Une religion sans dieu est possible — comme une religion de l’humanité, de l’histoire, par transfert de l’absolu sur un objet autre que Dieu ; inversement Dieu n’implique pas la religion — c’est une idée ou une hypothèse que la philosophie peut examiner en elle-même, en dehors de toute religion. La preuve de l’existence de Dieu est une question métaphysique et non pas religieuse (par définition l’existence de Dieu est admise par toute religion[1]). Dieu est une idée : la religion une institution. La religion est le culte rendu à Dieu, non Dieu même.


Le déconstructionnisme comme philosophie (2017)
Laurent Cournarie
Article intégral PDF LE DECONSTRUCTIONISME COMME PHILOSOPHIE

LA METAPHYSIQUE
HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE

La philosophie continentale est largement dominée par l’idée que la philosophie est indissociable de l’histoire de la philosophie. Cette conception repose sur une double conviction : (a) la philosophie c’est essentiellement la métaphysique ; (b) l’histoire de la philosophie n’est donc rien d’autre que l’histoire de la métaphysique. Or la métaphysique est dans la philosophie moderne est entrée en crise, elle est parvenue à son terme, achevée dans son inachèvement ou dans son impuissance à s’achever comme science. Donc la fin ou la mort de la métaphysique est désormais l’unique présent et tout le futur de la philosophie : c’est à partir de la méditation de cette fin que la philosophie a encore un avenir.


Qu’est-ce que le droit chez Hegel ? (2016)
Eric Bories
Article intégral PDF QU’EST-CE QUE LE DROIT CHEZ HEGEL ?

LA POLITIQUE, LE DROIT

Préambule
Du début des années 1960 jusqu’au milieu des années 1990, la philosophie politique et la philosophie du droit ont été marquées par la recherche d’une modernité juridique puisant ses ressources non chez Hegel, mais chez Kant. En effet, les réflexions sur la liberté et la justice étaient alors orientées à partir de la question de savoir en quoi consistaient les droits des individus ; individus alors entendus comme sujets de droit, susceptibles de pouvoir légalement acquérir et échanger (tel était et reste encore l’argument juridique et économique des promoteurs de la démocratie libérale), mais entendus en même temps comme personnes morales, susceptibles de partager avec toutes les autres personnes les mêmes principes éthiques qui gouvernent leurs choix propres.


MACHIAVEL/SUÁREZ ou une rencontre inattendue-attendue (1) (2018)
Jean-Paul Coujou
Article intégral PDF MACHIAVEL/SUAREZ OU UNE RENCONTRE INATTENDUE-ATTENDUE

LA POLITIQUE, LE DROIT

Lorsqu’on considère la philosophie politique et juridique de Suárez telle qu’elle est développée dans le De legibus, elle ne se réfère que de manière succincte à la pensée de Machiavel au livre III, chapitre XII, n. 2[2], en renvoyant son lecteur au chapitre 18 du Prince[3], dans le but de reformuler la question du rapport entre la morale et le pouvoir politique. Le paragraphe traitant de cette question est intitulé par Suárez : « Doctrine erronée de Nicolas Machiavel ainsi que d’autres politiques : concernant le gouvernement temporel, il n’est pas nécessaire de prendre en considération le spirituel».Cette réfutation s’inscrit dans la progression logique de l’argumentation de Suárez qui a préalablement déterminé la cause efficiente et finale de la loi civile en explicitant quel genre de loi est possible et cela en conformité avec la nature de l’homme, être libre, raisonnable et fini[4]. La loi humaine positive constitue le droit spécifique d’une communauté ou d’un État. Comment dès lors concevoir le pouvoir pour qu’il puisse promulguer le droit civil conformément au mode d’être humain propre à l’état de pure nature[5] ?


Le pacte social chez Suárez
Jean-Paul Coujou
Article intégral PDF  LE PACTE SOCIAL CHEZ SUAREZ

LA POLITIQUE, LE DROIT

La question du pouvoir politique chez Suárez (1548-1617) telle qu’elle est formulée  dans ses deux œuvres majeures de philosophie politique, le Des lois et du Dieu législateur(1612) et notamment au livre III duDe la défense de la foi (1613), s’impose comme une question de droit indissociable de ses implications morales: il s’agit de comprendre comment un Etat est en mesure de se constituer en prenant pour point de départ la nature de l’homme et sa fin sociale, le bien commun et l’ordre public.
On ne peut produire pour Suárez, contrairement à la thèse de saint Augustin (et c’est en cela qu’il est légitime d’invoquer une rupture par rapport à la tradition car il convient d’effectuer pour une telle recherche un retour à l’héritage aristotélicien en l’enrichissant de l’apport humaniste), l’intelligibilité de la société civile à partir de la seule référence au péché originel et à la finitude spécifique à l’état de nature humaine corrompue[1]. Il convient de se référer à « la condition naturelle de l’homme» (in naturali hominis conditione)consistant dans le fait d’être un animal social et « d’exiger par nature un mode de vie communautaire qui doit nécessairement être gouverné par un pouvoir public »[2]. Ce qui revient à dire que l’existence politique est adéquate par soi à l’homme en tant qu’elle est indissociable de la perfection de sa nature, elle ne saurait résulter d’un effet du hasard[3]. Elle s’inscrit dans une problématique ontologique de la constitution de l’humain.


Sur le mouvement : les Modernes contre les Anciens (2015)
Laurent Cournarie
Article intégral PDF SUR LE MOUVEMENT : LES MODERNES CONTRE LES ANCIENS

LA SCIENCE

Retour sur un changement de paradigme
Quel problème philosophique le mouvement soulève-t-il ? On doit reconnaître que le mouvement ne pose aucun problème et/ou qu’il n’est pas un problème philosophique majeur. Du moins le mouvement n’est plus un problème philosophique pour nous. Aussi a-t-on du mal à imaginer que la question du mouvement ait pu donner lieu à controverse philosophique et même constituer le problème théorique sur lequel s’est opéré le passage de la philosophie antique à la philosophie moderne ou de la science antique à la science moderne. On peut dire les choses directement : il ne semble pas que le mouvement soit un problème philosophique actuel parce qu’il est intégralement l’objet des sciences physiques : le mouvement est une question de physique et n’est plus une question de philosophie. Ou alors, il faut traiter du mouvement d’une manière plus métaphorique : cette approche n’est pas sans intérêt mais elle ne traite pas du mouvement en tant que tel. Le mouvement est un phénomène physique et il appartient aux sciences physiques de l’étudier.


La philosophie sociale (2017)
Laurent Cournarie
Article intégral PDF   LA PHILOSOPHIE SOCIALE

LES SCIENCES HUMAINES : HOMME, LANGAGE, SOCIETE

Qu’est-ce que la philosophie sociale, ou plutôt comment situer la philosophie sociale dans l’histoire de la philosophie, puisqu’elle apparaît comme une philosophie nouvelle ou comme une nouvelle manière de faire de la philosophie ? Qu’est-ce donc que faire de la philosophie sociale ?
Selon F. Fischbach[1], la philosophie sociale a pour projet le plus général de produire un « effet thérapeutique » sur la philosophie. La thérapie ne relève plus d’une clarification du langage (Wittgenstein) car les questions de la science et a fortiori de la métaphysique ne sont pas ici pertinentes. C’est une thérapie contre la tendance invétérée de la philosophie à dénigrer systématiquement le social dont le concept est réputé vague, indéfini et creux. On peut facilement repérer ce mépris dans la configuration de la philosophie contemporaine.


Devoir de mémoire, devoir d’oubli et pardon (2019)
Laurent Cournarie
Article intégral PDF DEVOIR DE MEMOIRE, DEVOIR D’OUBLI ET PARDON

LA MORALE
LA POLITIQUE, LE DROIT

La mémoire est une faculté. On en dispose pour conserver le passé ou le rappeler. De fait, on se souvient, on possède de nombreux souvenirs. De fait, la mémoire est nécessaire et utile non seulement pour l’action, mais pour la vie. C’est pourquoi on exerce sa mémoire, on l’organise, on la fortifie ou on la délègue à des supports externes pour ne pas la perdre. La perte de la mémoire est ainsi vécue et conçue comme un drame : ne pas se souvenir, ne plus se souvenir est un handicap. Mais pour autant faut-il toujours se souvenir, faut-il toujours conserver la mémoire ?


Histoire, culture et barbarie (2013)
Laurent Cournarie
Article intégral PDF Cournarie HISTOIRE, CULTURE ET BARBARIE

LES SCIENCES HUMAINES : HOMME, LANGAGE, SOCIETE

LE MAL ET LA PHILOSOPHIE DE L’HISTOIRE
Nous n’avons jamais été autant capables de raconter l’histoire et aussi désarmés pour lui donner un sens. Le siècle dernier, dont on a dressé partout l’inventaire, n’a-t-il pas engendré « une rupture d’humanité et une déchirure d’histoire»[1]qui excède aussi bien la fiction artistique, l’analyse  historienne, que le concept philosophique ? Le XXème siècle aura été le plus meurtrier de toute l’histoire : entre août 1914 et avril 1945, soixante-dix millions d’hommes, de femmes et d’enfants périssent en Europe.
Mais, dira-t-on, l’ampleur du désastre ne fait pas sortir l’histoire contemporaine de l’histoire antérieure. Le XXème siècle condense bien plutôt en lui toute l’histoire. Car cette constance dans l’horreur, cette répétition de la barbarie vérifient tragiquement la loi de l’histoire, sa leçon générale, à savoir qu’elle est le lieu du mal. On peut sans doute condamner comme immorales l’histoire et l’action dans le monde. Mais on sait les apories de la «belle âme», incapable de déterminer et de faire le bien, en se refusant à l’histoire qui seule rend effectif la volonté du bien[2].
On peut, à l’inverse, au nom de l’effectivité, soumettre le devoir-être et les principes moraux au devenir réel de l’histoire : le bien n’existe que par le mal, qui n’est pas seulement pure privation d’être[3]. Le mal et le malheur sont partout, mais partout ils sont dépassés ou appelés à l’être : l’histoire est la négation de la négation du mal.


La question de la juste guerre  (2018)
Laurent Cournarie
Article intégral PDF LA QUESTION DE LA JUSTE GUERRE

LA POLITIQUE, LE DROIT

La guerre est essentiellement un fait humain. Si elle est un fait humain, même si elle arrive toujours, elle pourrait ne pas arriver ; et quand elle se produit, elle peut se produire d’une manière ou d’une autre. Autrement dit, la guerre est évaluable moralement. Mais la question est de savoir quelle évaluation morale la guerre peut recevoir.
La guerre impose de reconnaître d’abord deux choses : a) elle est un fait universel de l’histoire : ce qu’il y a de plus d’universel dans le cours de l’histoire. Elle demeure le moyen ordinaire pour les nations de régler le jeu de leurs puissances ; b) elle est un mal, du moins elle est un déchaînement de violence porté au degré le plus élevé. Ce deuxième énoncé est à la fois descriptif (la guerre est un phénomène de violence) et évaluatif (elle est un mal par sa puissance destructrice).
Mais si la guerre est un mal et le mal le plus extrême, elle est toujours immorale. Pour autant toute guerre est-elle immorale ?
On voit se dessiner à propos de la guerre trois positions : A/ le réalisme ; B/ la guerre juste ;C/ le pacifisme


Loi, norme et discipline : une lecture de Surveiller et punir  (2018)
Laurent Cournarie
Article intégral imprimable PDF LOI, NORME ET DISCIPLINE : UNE LECTURE DE SURVEILLER ET PUNIR

LA POLITIQUE, LE DROIT

Etre un sujet, c’est avoir des droits. Le droit définit le sujet ou est un lieu de définition du sujet. Mais le sujet est toujours assujetti à un pouvoir, notamment au pouvoir de punir. L’emprisonnement est devenu la forme général de la punition. Mais que signifie la naissance de la prison du point de vie de l’expérience pénale ? Faut-il penser la prison du point de vue d’une histoire du droit ou du point de vue d’une histoire du pouvoir ? Ou encore que signifie la naissance de la prison dans l’histoire moderne des rapports entre le droit et le pouvoir ?


Actualité de Foucault sur la prison (2019)
Laurent Cournarie
Article intégral PDF ACTUALITE DE FOUCAULT SUR LA PRISON

LA POLITIQUE, LE DROIT

          La philosophie a peu pensé la prison. Elle s’est plutôt employée à fonder la peine en raison. Or, il y a un fait de la prison qui déroge à la stricte rationalité du droit de punir. Fait de l’emprisonnement d’une part — le carcéral est une réalité irréductible au droit ; fait de l’institution d’autre part — la prison est une invention qui marque un tournant dans l’histoire de la pénalité. Or si Foucault est un penseur “incontournable” pour toute réflexion philosophique sur la prison, c’est précisément parce qu’il a abordé la prison sous ce double aspect. Il a activement participé à l’information sur les conditions de détention (fait carcéral). Et dans Surveiller et punirpublié en 1975, il a souligné la contingence de la prison (fait historique), c’est-à-dire dénoncé le préjugé moderne de la prison comme forme nécessaire et universelle de la pénalité. Dès lors, il y a bien une actualité de la pensée de Foucault sur la prison. Mais cette actualité croise l’actualité de la critique de la prison, contemporaine de sa naissance. On a toujours critiqué la prison, mais la critique de la raison carcérale reste toujours à faire. Qu’est-ce donc qui fait problème dans la prison ? 


L’individu (2012)
Laurent Cournarie

LA METAPHYSIQUE
LES SCIENCES HUMAINES : HOMME, LANGAGE, SOCIETE


    Les problèmes que soulèvent la notion d’individu sont nombreux et complexes : on aura une année pour en prendre la mesure. C’est pourtant une notion qui nous est familière. Notre perception nous porte à croire à l’existence de l’individu. Le monde est peuplé d’individus. L’individualité est d’une certaine façon la vérité de notre rapport immédiat ou perceptif au monde. Le langage au contraire soumet le monde à la généralité. Il permet de penser le réel, de soumettre les choses à des procédures de vérité par la manipulation des signes. Mais le revers de cette opération est d’oblitérer l’individualité des choses et des êtres. C’est pourquoi, c’est en faisant retour vers la perception comme source première de notre rapport au monde que le règne de l’individualité vient contester celui de la généralité par le langage — Bergson au contraire considère que la perception est ordinairement généralisante parce qu’elle est indexée sur l’action et que seule l’art a le privilège de proposer une perception individualisante.


Le principe (2012)
Laurent Cournarie
(57 pages)

LA METAPHYSIQUE

Nous avons à traiter du principe. Comment nous orienter vers une pensée du principe ? Il faut commencer par le commencement, dit-on. Mais peut-on commencer par le principe ? A propos du principe comment commencer par le commencement ? La question est évidemment paradoxale : le principe est ce qui commence et ce qui commande, selon l’ambivalence d’archê en grec (ou de principium en latin). Le principe est le commencement : au commencement, il y a le principe. Mais c’est précisément cette position du principe que la pensée ne peut adopter : la pensée ne peut pas commencer par ce qui commence (commande). Du moins, la modernité n’a pas cessé de douter de la possibilité pour elle d’adopter la position du principe.